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Et je trouve ceci intéressant:
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Thèse de doctorat en histoireCino del Duca (1899-1967) : de la bande dessinée à la presse du coeur, un patron de presse franco-italien au service de la culture de masseUniversité Versailles Saint Quentin en Yvelines
Ecole Doctorale Culture, Régulations, Institutions, Territoires
Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines (CHCSC)
Présentée et soutenue publiquement par
Isabelle Antonutti
Sous la direction de Jean-Yves Mollier,
Professeur d’histoire contemporaine,
Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
Devant un jury composé de :
Rapporteurs :
Patrick Eveno, professeur d’histoire à l'université Paris 1
Gilles Pécout, professeur d'histoire, Ecole normale supérieure de Paris
Examinateurs :
Christian Delporte, professeur d’histoire à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines
Ada Gigli Marchetti, professeur d’histoire, universita degli studi di Milano
Frédéric Martel, chercheur-écrivain
Validée par la mention très honorable avec félicitations du jury
Oral de soutenance de thèse, 12 janvier 2012M. le président, M. le directeur de la recherche, Madame et M. les membres du jury, les représentants de la Fondation Simone et Cino Del Duca, ma famille, mes amis, mesdames et messieurs,
Pendant la préparation de cette thèse une question m'a sans cesse été posée : mais pourquoi donc vous intéressez vous à Cino Del Duca ?
Puisqu’on ne s’engage pas dans un travail de recherche à 50 ans de la même manière qu’à 25, je commencerai par expliquer mes motivations et elles conditionnent les différents axes. Puis, je poursuivrai sur les difficultés rencontrées et les limites de cette thèse avant de conclure sur ses apports.
En prenant connaissance de mon curriculum, vous avez peut être été étonné par mon choix. Effectivement, conservateur de bibliothèque, il aurait été plus logique de faire une thèse ayant pour sujet l’histoire des bibliothèques. J’y ai sérieusement réfléchi car tant au niveau de ma carrière que pour la réalisation de la recherche, j’avais beaucoup plus de compétences dans le secteur des bibliothèques que de connaissances dans le domaine de la presse dans les années 50. Mais diverses raisons m’ont engagé à écarter ces suggestions et à choisir mon sujet.
J’avais d’abord besoin de sortir de mon univers et de m’enrichir intellectuellement. Pour autant, je n’ai pas choisi de raconter l’histoire de cdd et des Editions mondiales par hasard mais j’ai longuement mûri ce projet.
J’ai découvert Cino Del Duca en 2003 en lisant un article de Sylvette Giet Du divertissement à l’édition noble, de l’entreprise familiale à l’industrialisation, le cas des Editions mondiales. Ce nom évoquait bien quelques souvenirs des cours de Pierre Albert que j’avais suivis à l’Institut français de presse mais la figure de Cino Del Duca me semblait bien lointaine. Je n’ai personnellement pas de goût particulier pour les bandes dessinées ou pour le roman rose. Bien sûr, je me souviens d’avoir passé des journées de vacances pendant mon adolescence à lire les piles de romans-photos que conservait ma cousine en Italie. Mais, je n’ai jamais lu Nous deux ou Intimité, car ni mes parents, ni mes sœurs aînées ne les lisaient, en tout cas, ce type de magazines ne traînait jamais à la maison. Ma génération n’a guère connu la presse du cœur qui avait déjà été supplantée par la télévision. Cette image floue confortait tout à fait la théorie de Sylvette Giet sur l’invisibilité de ce groupe de presse.
Cet éditeur a donc suscité ma curiosité. Je m’y suis intéressée de manière discontinue en vérifiant cette invisibilité. En tant que bibliothécaire, j’étais bien placée pour rechercher des sources. Je constatai effectivement que l’itinéraire de ce patron presse intéressait peu les chercheurs français et italiens.
J’aurai pu considérer que ce personnage n’avait rien à livrer à un chercheur mais je pensais qu’il y avait là un destin singulier. L’histoire d’un groupe de presse dont les titres étaient lus par des millions de personnes dans plusieurs pays méritait d’être reconstituée. J’ai pointé dans ma thèse les carences de la conservation de l’édition populaire : ces titres imprimés à des millions d’exemplaires ont quasiment disparu. Loin de moi, le phantasme du conservateur qui voudrait tout archiver : les réserves des bibliothèques, comme les mémoires des hommes ne forment qu’une image partielle de la culture. Toutefois, ces créations populaires volatiles totalement ancrées dans leur époque méritent d’être racontées, ne serait-ce que pour identifier les consommations culturelles de ce très large public.
La production des Editions mondiales interrogeait aussi mon métier de passeur culturel. Je me confronte depuis longtemps à des frontières culturelles infranchissables. J’ai investi le métier de bibliothécaire avec une forte dose de militantisme. Acquise aux vertus de la lecture publique, j’étais sûre qu’il suffisait de moderniser les bibliothèques pour que toute la population d’une ville s’y précipite. Du haut de mes 20 ans, j’étais persuadée qu’il était possible d’élargir le public des équipements culturels à des catégories sociales diversifiées. Arrivée à 50 ans, je suis de plus en sceptique sur les capacités d’ouverture de nos institutions. La composition de leur offre reste typée et les publics aussi. Bien sûr, elles sont largement fréquentées par des enfants et des étudiants issus de toutes les catégories sociales mais à l’âge adulte, la stratification se restreint aux classes sociales les plus éduquées. J’ai longtemps cru que les institutions culturelles pourraient mélanger Tarzan et L’Avventura. Elles le font d’ailleurs mais cette offre s’adresse à ceux que les sociologues de la culture nomment les éclectiques. La hausse du niveau de formation et les politiques de démocratisation culturelle n’ont guère permis un rapprochement des goûts de l’élite, des goûts du peuple. La dissonance culturelle reste forte et située socialement. Particulièrement pour le roman sentimental qui demeure un sous produit culturel. Il n’a pas connu la réhabilitation de la bande dessinée ou du roman policier. Cino Del Duca a été le bouc émissaire de cette culture dite dégradée. Il a cherché à contourner, à amadouer et même à acheter les critiques. Son exemple montre que malgré la caution du public, toute entreprise médiatique doit faire allégeance au système pour être acceptée.
Par ailleurs, l’itinéraire de Cino Del Duca croisait ma route sur un autre point. Son statut d’immigré faisait écho à la vie de mes propres parents, travailleurs italiens. Mes parents n’avaient aucun lien avec le monde de l’édition, de l’imprimerie et pas même une origine régionale similaire. Mais ils avaient aussi quitté leur pays pour des motifs économiques et ils avaient été adoptés par la France. A la fin de leur vie, ils préféraient leur nouveau pays à celui de leur naissance. Les performances économiques des immigrés sont complexes à mettre en évidence, Michèle Tribalat les qualifie de Grands yeux fermés. Les apports de l’immigration à la dynamique de certaines activités sont peu connus. Par exemple, dans le secteur de la presse enfantine, ce sont bien trois étrangers, Paul Winkler, Ettore Carozzo et Cino Del Duca, qui ont importés la bande dessinée américaine dans les années 30 en France. Le statut d’émigré-immigré italo-français influence considérablement le périple professionnel de Cino Del Duca. L’immigration italienne, qui s’échelonne sur près d’un siècle, est un modèle d’intégration. Des chercheurs, à la suite de Pierre Milza, ont largement étudié leur mobilité sociale ascendante à travers diverses réussites. Je ne déroge pas à la règle en présentant une success story de l’immigration. Il est toutefois fondamental de raconter ces exemples d’’assimilation dans le creuset français. Evidemment, j’étais aussi très motivée par la dimension bi-nationale de cette recherche et par la possibilité de travailler sur les activités italiennes de Cino Del Duca.
Enfin, dernier et néanmoins important facteur d’intérêt, je voulais écrire une biographie retraçant un parcours complexe et singulier. Je me suis efforcée de restituer un destin individuel plongé dans l'histoire de son temps. A ce titre, le destin de Cino Del Duca est autant atypique qu’exemplaire. Il traverse les deux guerres mondiales, il milite politiquement, il subit la répression de la dictature fasciste et il participe pleinement à la reconstruction des Trente Glorieuses. Au niveau personnel, il est animé par une soif de revanche issue certainement de la déchéance familiale et surtout paternelle. Il est animé d’une terrible volonté de réussite et aussi par une immense curiosité de la vie. A ses débuts, il ne choisit pas le secteur le plus facile, la presse de jeunesse, mais elle se trouve être rapidement un domaine inventif et lucratif. Assez étonnement, mais une personnalité est toujours équivoque : son opiniâtreté est à la hauteur de son instabilité. Ses amis et collaborateurs, dont certains sont présents pour cette soutenance et que je remercie, gardent le souvenir d’un patron passionné, autoritaire mais généreux. Evidemment, sa personnalité est plus sinueuse. Si j’osais le représenter en une image, je le comparerais à une pyramide. Le sommet illustre la figure de l’entrepreneur volontaire, social et énergique. Les diverses faces de cette pyramide sont plus sombres et glissantes. Y gravitent la lâcheté et la duplicité. Egalement, cet insatiable besoin de reconnaissance qui lui a fait frôler le précipice à diverses reprises et surtout son inconstance qui a beaucoup desservi son entreprise.
La description serait incomplète sans la personnalité de Simone Del Duca. Elle a pris une place considérable au fur et à mesure de mes recherches. Elle est un élément indissociable de la réussite du couple et particulièrement dans la volonté de reconnaissance. Elle ne souhaitait pas être cantonnée à la culture populaire. Ce désir s’exprime tout à fait dans l’ambition successorale du couple et dans l’œuvre philanthropique de la fondation Simone et Cino Del Duca.
A travers cette biographie, ma thèse retrace l’évolution d’une entreprise dédiée à cette « culture qui plaît à tout le monde », comme l’a nommée Frédéric Martel. Elle montre selon quel processus un personnage de bande dessinée devient un héros planétaire. Elle illustre la montée en puissance des industries médiatiques mais aussi leur mobilité. Aujourd’hui, cette culture ludique s’est mondialisée. Mais à la manière de l’alchimiste, l’entrepreneur culturel est toujours à la recherche du miracle. Comme le dit l’éditeur Bernard Fixot : le succès ne se rencontre pas avec une simple recette de fabrication, réussir un best-seller, c’est avant tout chercher à toucher des gens qui achètent peu de biens culturels. Cino Del Duca avait cette ambition : comprendre les goûts du plus grand nombre, plonger dans "l’humus de la culture populaire", invoquée par Antonio Gramsci. Les Editions Mondiales ont su générer cette culture de masse, expression vague mais compréhensible, qui regroupe autant des formes de production que des modes de consommation.
En 2009, une opportunité de temps se présenta dans ma carrière. J’ai pu entreprendre cette thèse grâce à un congé formation accordé par mon employeur, la Bibliothèque publique d’Information du Centre Georges Pompidou. J’ai réalisé les recherches et l’écriture de manière intensive entre septembre 2010 et novembre 2011. Jean-Yves Mollier a accepté d’encadrer ce travail. Ses tlivres sur l’argent et les lettres et ses biographies en faisaient un maître incontournable. Son soutien a été précieux. A partir de décembre 2010, je lui ai remis toutes les six semaines un chapitre qu’il m’a rendu copieusement annoté et corrigé avec à chaque fois des encouragements à continuer. Son plus grand étonnement a été de devoir m’expliquer les normes bibliographiques et de me reprendre en permanence sur ce sujet. Pour une bibliothécaire, c’est un peu étonnant d’être si peu douée pour la bibliographie. La gestion des références a été complexe jusqu'à la fin. Mon texte comporte encore des erreurs et notamment des glissements de notes, je prie le jury de vouloir m’en excuser. Sans les assurances répétées de Jean-Yves Mollier, je n’aurais jamais réussi à mener à bien ce travail.
Avant de laisser la parole au jury, je voudrais revenir sur les limites de mon travail.
Mon plus grand regret concerne le déficit d’informations sur les relations de cdd avec le pouvoir politique. Malgré de nombreuses lectures de mémoires de divers d’hommes politiques comme Georges Bidault, Max Brusset ou Pietro Nenni, de recherches aux Archives nationales. Je n’ai pas trouvé de pistes pour reconstituer les liens crées entre le monde politique et le groupe Del Duca, surtout après 1950. Pourtant, la politique traverse la vie de Cino Del Duca.Ne l’oublions pas, il a été formé par des activistes politiques dans des années révolutionnaires. Il sait qu’un groupe de personnes motivées est capable de prendre le pouvoir et encore plus de piloter une entreprise vers le succès. Diplomate avisé, il use de multiples tactiques pour sortir des mises à l’index que subissent ses publications. Il sait mener des transactions financières en toute discrétion et accommoder la morale des uns et des autres. Mais pour la grande période du groupe Del Duca je n’ai rien quasiment trouvé sur ses rapports avec les hommes politiques de gauche ou de droite, au gouvernement ou dans l’opposition, ainsi qu’avec les pouvoirs financiers.
La seconde limite concerne sa vie familiale. Il reste des zones d’ombres sur sur les relations au sein de la fratrie. Dans la mesure où les trois frères exercent le même métier en France et en Italie il serait important de connaître quels ont été les accords passés entre eux. La maison d’édition de ses deux frères, Domenico et Alceo, existe toujours. Elle demeure une entreprise familiale et est très florissante. Les descendants de Cino Del Duca, son neveu et sa nièce, n’ont répondu à aucune de mes sollicitations et elles ont été nombreuses. Je le regrette mais peut être qu’à la lecture de ma thèse, ils reviendront sur leur position.
Troisième limite : La dimension européenne et francophone, j’ai récolté peu de données sur ses activités en Espagne, en Belgique, au Canada, en Allemagne, ou encore aux Etats-Unis. J’ai enquêté dans chacun de ces pays mais je ne suis pas parvenue à trouver suffisamment de données. Je regrette de n’avoir pu montrer de manière plus concrète l’ambition internationale des Editions mondiales. Cette difficulté est liée à une contrainte récurrente chez les thésards : le manque de temps mais aussi évidement le déficit cruel de sources sur la vie de l’entreprise. L’identification de données françaises a déjà été compliquée car il n’existe quasiment plus aucune archive sur les Editions mondiales. J’ai effectué des recherches en Italie pour retracer le fonctionnement des sociétés du groupe mais j’ai bien conscience que cette présentation est partielle. Cette dimension sera à approfondir. Il est regrettable que dans le précieux devoir de mémoire que Simone Del Duca a entrepris pour léguer son nom à la postérité, elle n’ait pas voulu organiser un fonds d’archives sur la vie de l’éditeur et les multiples activités de son époux.
Enfin, le dernier problème est lié au manque de recul, j’ai réalisé ce travail en deux années. Je suis restée assez isolée et je n'ai pas pris le temps de dialoguer avec d’autres chercheurs. Je reconnais la fragilité de mes connaissances. Certains domaines ont été difficiles à appréhender comme la comptabilité des sociétés, par exemple. Concentrée sur l’histoire des Editions mondiales, je n’ai guère comparé son activité à d’autres sociétés. Il sera évidemment intéressant de poursuivre l’étude en comparant le fonctionnement du groupe Del Duca à des entreprises similaires en Europe et en Amérique.
Cette thèse retrace un destin original dans la vie économique et culturelle de la France et de l’Italie. Elle montre la mise en place et l’évolution d’une entreprise dédiée à la culture de grande consommation. Elle détaille les contenus des diverses productions. Hormis la thèse sur Nous deux, la presse du cœur n’avait quasiment pas été étudiée et l’histoire du quotidien Paris Jour n’avait jamais été retracée. La vie de ce groupe n’avait pour l’instant pas été reconstituée dans son ensemble. Cette recherche constitue un fragment de l’histoire de la culture de masse au 20ème siècle.
Pour finir, je souhaite remercier la fondation qui a suivi avec bienveillance toutes mes recherches et qui nous accueille avec beaucoup de prévenance pour cette soutenance.
Monsieur le Président, Monsieur le Directeur, Madame et Messieurs les membres du jury, Mesdames et messieurs, je vous remercie de votre attention.
Remarque: Je reçois des liens, je recherche, et si le sujet m'intéresse, je fais passer sur le blog de l'âne. L'âne porte des valeurs et transmets... Et le bonjour à M. Martel. Souvenir d'une rencontre sur la culture à Amsterdam...
Et ce lien également:
http://www.uvsq.fr/reseaux-internationaux-236334.kjsp?RH=1171980151145&RF=1296124443977
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