maandag 10 juni 2013
Le numérique et les internautes à l'heure de l'écriture en ligne.. Vous avez dit postmoderne?
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Daniel Cohen, Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux – Albin Michel, Paris, 2012 présenté par Baptiste Marsollat.
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/683944-homo-economicus-de-daniel-cohen-pour-remettre-l-homme-dans-un-droit-chemin.html
Je suis énervé par le défilé permanent dans l'espace des médias et sur les rayons des librairies, de ces économistes qui expliquent tout et ne prévoient rien sauf le passé. L'un d'eux cependant échappe à mon ironie pour sa brillante intelligence et son séduisant décalage entre suppôts du capitalisme et utopistes : je veux dire Daniel Cohen. Prenant connaissance du thème humaniste de son dernier essai, "Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux", j'ai eu envie de le lire.
Le capitalisme triomphe mais l'homme ne s'y retrouve pas. Il s'enrichit (globalement) mais ne croise pas le bonheur au bout de cette marche forcée, allant jusqu'à douter de l'idée de progrès ? Quel est, à l'origine de ce paradoxe, le malentendu, la variable oubliée que les économistes n'ont su jusqu'à maintenant intégrer dans leurs modèles de développement ?
Chaque affirmation étayée par des faits
Daniel Cohen est mieux qu'essayiste, il est chercheur, son livre tient de la thèse où chaque affirmation est étayée par des faits : études, publications, statistiques, sondages... Et, ce qui me ravit, fait référence à la philosophie et à la littérature : voilà un honnête homme ! Quand il parle de bonheur ("bonheur intérieur brut"), fi du café du commerce – ou sa version médiatique du micro-trottoir. Il s'appuie sur un corpus d'analyses suivies dans le temps et dans l'espace géographique des continents et des nations (ou états).
Le bien-être décroche du progrès et de l'enrichissement partout dans le monde : pays dominants, émergents ou... submergés par la pauvreté. L'auteur passe en revue l'essentiel des phénomènes, notamment économiques qui expliquent ce constat, soulevant au passage quelques fortes idées : la perte d'emploi et le divorce, deux facteurs majeurs de souffrance, procèdent de la même logique de l'offre et de la demande ; la désindustrialisation (occidentale) tient essentiellement aux gains de productivité et marginalement à la mondialisation ; contrairement à la thèse historique, développement économique contemporain et démocratie ne marchent pas du même pas ; le libéralisme économique (struggle for life) est un néo-darwiniste contre Darwin qui "insistait sur l'existence de phénomènes de coopération entre les individus d'une même espèce, dont l'homme, qu'il appelait la sociabilité ou la sympathie" ; etc.
Monstre anthropologique et mutation historique
Au cœur de notre époque, un monstre anthropologique : "Homo economicus" et une mutation historique : la mondialisation. "Homo economicus" est à l'origine une invention des économistes, il est devenu le "prophète égaré" du siècle, synonyme de stress généralisé (cf. management des entreprises, vie urbaine...) et de creusement des inégalités (nord/sud, entre nations, au sein des nations) : il génère l'hyper-classe (le 1%), déstabilise les vieilles classes moyennes (pays riches dont l'Occident), "ghettoïse" les pauvres là où des classes moyennes progressent (pays émergents dont la Chine). 1% d'arrogants, quelques % de candidats à l'arrogance, le solde dans la catégorie des Indignés...
Indigné le prolétaire (labellisé Stéphane Hessel), indigné le cadre guetté par le burn out, indigné le petit patron qui regimbe contre l'État social, indigné le paysan coincé entre productivisme et écologie, indigné le consommateur qui pour manger moins cher "mal-bouffe"... Ils ont fait la révolution en d'autres temps, pour moins que çà !
De la mondialisation, on appréhende les avantages et les inconvénients. Daniel Cohen élève le débat en soulignant ce qu'il appelle "l'enfermement planétaire" : la planète Terre (Edgar Morin parle de la terre-patrie) est désormais soumise au risque de crises létales (économiques, écologiques, pandémiques...) susceptibles de la foudroyer instantanément (en un clic si l'on considère les attaques de virus informatiques).
Brrr... Pas de quoi rester zen ! Les retraités – proches de la mort (crise létale !) mais qui paradoxalement jouissent de "prendre leur temps" –, sont statistiquement plus "heureux" que les actifs (courbe en U), mais l'homme reste paniqué à l'idée que le ciel lui tombe sur la tête, issue plus probable aujourd'hui qu'hier.
Passions compensatrices
Ces éléments et d'autres, analysés par l'auteur (la transition vers l'Homo numericus, les progrès de la biologie génétique, la convergence entre intelligence humaine et intelligence non-biologique – entre cerveau et ordinateur...) ouvrent sur un monde qui échappe à la sérénité.
Ni postmoderne si l'on entend par ce terme le moment de l'histoire "où triompherait la cause de la liberté, dans tous les domaines : politique, culturel économique", où dans le domaine économique l'homme s'affranchirait "des contraintes de la nécessité" (Hannah Arendt). Ni post-matérialiste, placés que nous sommes dans une course infinie ("une cage d'acier" selon le sociologue Max Weber) aux nouveaux besoins, à la croissance, à la productivité.
Daniel Cohen n'est pas un marchand d'illusions, il n'envisage pas un saut magique vers le bonheur mais une construction obstinée de "passions compensatrices" à adjoindre à l'Homo economicus – de même que le christianisme aura été une passion compensatrice au délitement de l'Empire romain. Ne pas les imaginer serait "une illusion anthropologique qui se paierait cher".
Bienvenue donc à Homo cooperatus, ethicus, empathicus... pour compenser la folle compétition qu'impose Homo economicus ! Pour le détail des opérations, lire "La Voie" d'Edgar Morin dont cet essai constitue une brillante introduction.
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"Homo economicus, prophète (égaré) des temps nouveaux" de Daniel Cohen chez Albin Michel, 207 pages, 17,90 €
"La Voie - Pour l'avenir de l'humanité" d'Edgar Morin chez Fayard , 320 pages, 19,30 €
P.s: Je n'ai pas le livre de Daniel Cohen, par contre j'ai celui d'Edgar Morin. Il y a quelques semaines, j'ai contacté un journaliste du NouvelObs Le Plus. Je lui ai transmis l'adresse de ce blog. J'espère que les journalistes en viennent à lire un peu ce qui est posté ici... J'ai souligné terre-patrie car cela me rappelle le temps où j'intervenais chez Paul Jorion, l'ami à moitié néerlandais comme moi et que j'ai rencontré à Bruxelles... Très amusant de passer dans le réel;)...
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