...et aussi...
La pieuvre publicitaire
De l’organisation de la résistance
par François Brune, mai 2001
La résistance s’organise. Comment pourrait-il en être autrement ? Tout responsable qui a le sens de l’intérêt public, tout journaliste qui désire réellement informer, tout éducateur qui veut développer les consciences, tout humaniste qui tente de promouvoir la dignité des personnes, tout militant qui travaille à l’émancipation des peuples ou simplement à la sauvegarde de la citoyenneté, tous trouvent sur leur route l’obstacle de la publicité. Ces deux dernières décennies ont donné lieu à nombre de protestations individuelles ou catégorielles, trop éparses sans doute pour freiner le vaste système économico-médiatique qui nous enserre (lire « L’impérialisme d’une logique »), mais dont la multiplication a préparé la résistance collective qui émerge.
L’opposition du public s’est toujours manifestée, isolément, par les indignations qui paraissent dans le courrier des lecteurs des journaux et revues. Filtrées, certes. Récupérées, il va de soi. Mais bien présentes, et ne manquant pas, souvent, de provoquer les réponses embarrassées des « supports » mis en cause (1).
Les graffitis sur les panneaux, les affiches déchirées ou « taguées » sont d’autres formes de révolte isolée qui, pour être « illégales », n’en demeurent pas moins des réponses légitimes dans la mesure où les citoyens, qui paient des impôts pour jouir d’un espace public sain, n’ont souvent plus d’autre moyen, pour défendre leur paysage, que de barbouiller les ignobles surgissements de la pollution publicitaire (2).
Les associations de consommateurs, de façon plus systématique, se trouvent régulièrement amenées à dénoncer les dérives de la publicité. Il n’est guère de numéro de leurs revues qui n’épingle les mensonges de telle ou telle campagne, ou la désinformation sur les produits (leur composition, leurs dangers, etc.). Mais, focalisée sur le produit, sur le meilleur rapport qualité-prix, la protestation consumériste reste souvent prisonnière de l’idéologie de la consommation. Elle demeure pourtant un contre-pouvoir indispensable montrant, jour après jour, les manipulations dont nous sommes l’objet, les détournements de la loi et le cynisme des marchands.
Attaquer le système
Autre forme de riposte : celle des professionnels de la santé qui s’insurgent, depuis quinze ans, contre la nocivité du conditionnement publicitaire. Ils ont eu à déplorer l’abus de sucreries chez les enfants, l’obésité en nette progression chez les plus jeunes, les multiples ravages de l’alcoolisme et du tabagisme à tous les niveaux, sans parler des accidents de la route favorisés par le culte automobile. Ils ont eu à affronter les menées du lobby des annonceurs, lors de la loi Evin. Ils ont dû exhorter les pouvoirs publics à ne pas démissionner devant l’impérialisme publicitaire. Et ils ont souvent échoué en raison de la lâcheté des politiques (3)...
Les féministes, de leur côté, ont été et sont restées en première ligne dans ce combat. Leur résistance s’est notamment manifestée à l’occasion de la loi Roudy, dont certains articles prévoyaient la possibilité d’attaquer juridiquement les responsables de publicités sexistes. La coalition des intérêts économiques et médiatiques fit alors échouer cet aspect du projet (4). Depuis, la lutte s’est poursuivie à travers diverses associations, dont les récentes Chiennes de garde et La Meute (5). Et un certain nombre de militantes ont compris qu’il est vain de dénoncer les représentations dégradantes de la femme dans certaines publicités si l’on ne s’attaque pas radicalement au système publicitaire, dont la logique est d’instrumentaliser tout être et tous les êtres à des fins commerciales (la femme, certes, mais aussi l’homme, l’enfant, le vieillard, etc.).
D’autres autorités « morales » ou institutionnelles font entendre de temps à autre leurs voix indignées devant la perte ou la profanation des « valeurs », liées au dévergondage publicitaire. Ces utiles dénonciations détonnent dans le champ médiatique. Mais elles sont souvent grevées par les ambiguïtés des protestataires. On a pu ainsi se sentir gêné par les foudres antipublicitaires du commandant Cousteau, lequel, par ailleurs, usait de la publicité pour développer sa fondation et son image. De même, les souffrances publiquement attestées du cardinal Lustiger devant certaines présentations cinématographiques du Christ n’ont pu faire oublier les paroles du Vatican légitimant le système publicitaire par l’exemple du Sauveur : « Jésus lui-même a fait de la publicité (6). »
Plus constantes, plus efficaces ont été les positions des militants de l’écologie, confrontés à la pollution publicitaire qui défigure les paysages quotidiens ou dégrade la vie de la ville en une foire aux signaux. C’est ainsi que l’association Paysages de France, depuis une dizaine d’années, a abouti par un travail obstiné à un certain nombre de victoires locales, non sans faire ressortir aux yeux de tous le vandalisme du pouvoir économique, les insuffisances de la loi et la frilosité - voire les compromissions - des représentants de l’autorité publique (7). La lutte contre les méfaits environnementaux de la publicité ne se limite d’ailleurs pas à la présence obstruante des enseignes et panneaux : les écologistes dénoncent, plus gravement, l’idéologie publicitaire en tant que telle, puisque, en exaltant partout le modèle occidental de surconsommation (l’american way of life), elle encourage et masque le pillage des ressources de la planète, la destruction des espaces verts, la production de l’effet de serre (8).
Toutes ces ripostes partielles, surgies au gré des événements, n’ont évidemment pas suffi. Il fallait que se créent des associations attaquant frontalement l’impérialisme publicitaire dans tous ses états et dans tous ses dégâts. Après Le Publiphobe, en 1990, ce fut le cas, en 1992, de Résistance à l’agression publicitaire (RAP) (9). Malgré le soutien de personnalités connues, ce regroupement d’irréductibles mit un certain temps à se faire reconnaître. RAP apparaît maintenant, dans le champ social, comme un roc salutaire auquel peuvent s’accrocher les citoyens conscients de la manipulation publicitaire et qui refusent l’oppression des faux bonheurs de la « consommation ».
En 1999, ce fut au tour de publicitaires, écœurés par le mercantilisme et par le faux prestige de leur « art », d’abandonner leur cléricature pour dénoncer le veau d’or qu’ils avaient adoré. Le Comité des créatifs contre la publicité (CCCP) intervint par un coup d’éclat dans le ronron médiatique, en lançant la revue Casseurs de pub, malgré la censure du milieu professionnel (10). Les liens qui se sont créés entre Paysages de France, RAP et le CCCP, aussi limités que soient leurs moyens d’action, permettent d’espérer une extension de la résistance. Contre la masse médiatique du Goliath publicitaire, la fronde des antipub est née. Mais il ne faut pas sous-estimer les pièges susceptibles de rendre inopérant ce mouvement naissant.
Trois types de difficultés attendent les résistants. D’abord l’inégalité de pouvoir entre les citoyens et le système qui les asservit : d’un côté, des individus, même regroupés, qui sont avant tout occupés par l’importante tâche de vivre et ne peuvent donc lutter que sporadiquement ; de l’autre, il y a un ensemble de professionnels de l’aliénation, qui font de ce travail leur métier à temps plein et disposent pour conditionner la foule d’armes psychologiques (utilisation de la psychanalyse), neurosensorielles, sociologiques (sondages) et sémiologiques (techniques de communication). En outre, les oppresseurs usent d’une stratégie de débordement : pendant que je m’insurge contre le panneau qui obstrue ma rue, un spot télévisé enfonce dans le crâne de mon fils la dernière marque qu’il va devoir exhiber ; pendant que je peste contre l’envahissement de ma boîte aux lettres, des légions d’adolescents plébiscitent le portable gratuit avec conversations entrecoupées de spots...
Le deuxième problème est celui des divers niveaux de résistance qu’il faut pratiquer simultanément. L’oppression publicitaire est multidimensionnelle. Le risque serait de croire, en marquant des points sur un certain plan, qu’on est à l’abri des autres. Or la violence publicitaire doit être contrée simultanément (11) :
au plan économique, faire barrage inlassablement au conditionnement à l’achat (12), aux pulsions d’appropriation, aux mimétismes de l’identité par la marque, tout ce que flatte la publicité, notamment chez les jeunes ;
au plan environnemental (et mental !), démystifier l’idéologie propre à la société de consommation, le fétichisme de l’objet, les temples du culte (les foires-fêtes des centres commerciaux), les produits lancés comme des événements, qui prescrivent le devoir de consommer comme rite d’intégration à l’époque, dans une sorte de fuite en avant qui veut ignorer les grandes misères du tiers-monde et les menaces sur la biosphère ;
au plan culturel-symbolique, dénoncer les stéréotypes récurrents que véhiculent les affiches et les spots, les modes de bonheur convenus, les schémas de désir aliénants, les formes de pensée-réflexe et, pour finir, ce fameux « style de communication » qui ne cesse d’instrumentaliser ou de récupérer le symbolique pour mieux vendre, en prétextant que c’est cela l’art de notre temps ! En particulier, depuis que la publicité a pastiché le registre libertaire, il y aurait danger pour les militants d’exprimer leur combat dans un langage si proche du « style-pub » qu’ils honoreraient, en l’imitant, l’adversaire qu’ils désirent terrasser.
Dernier piège, et non des moindres : comment faire connaître, pour l’amplifier, le combat antipublicitaire ? A travers des médias, hélas ! Or la vision médiatique du monde est tellement imprégnée d’idéologie publicitaire qu’elle risque de dénaturer la révolte antipublicitaire dans la manière même (événementielle) dont elle s’en fait l’écho. Médias et publicité, en effet, se liguent pour cultiver, au cœur de l’être humain moderne, une même « pulsion consommatrice » qui conduit les gens à « tout avaler », qu’il s’agisse d’événements, de spectacles, de marques, de produits, de « stars » ou d’images d’eux-mêmes, au point d’avoir besoin chaque jour de renouveler cette « consommation ». Dans cette logique, on comprend que les médias cherchent aussi, de temps à autre, à divulguer de la protestation antipub (des publiphobes de service, si possibles originaux et « archaïques »), laquelle est désamorcée en même temps que « consommée », avec le reste de l’actualité, sans vraiment déranger l’ordre économico-commercial. Cela « vaccine » même le grand public contre sa propre humeur critique. La contestation antipub s’inscrit alors comme épisode rituel dans la vaste « culture-pub » qui rythme les médias. La meute des publiphobes aboie, la caravane publicitaire passe, tout le monde s’exprime (nous sommes en démocratie, n’est-ce pas ?), et le tour est joué.
Traquer les connivences
Dès lors, il est risqué pour les rebelles de faire entendre leur dissonance dans cette symphonie audiovisuelle. Et illusoire de croire avoir enfin « agi » parce qu’on leur a permis, sur un strapontin médiatique, de mettre en cause le trône publicitaire...
Ces remarques ne visent pas à démobiliser, mais à conférer sa pleine dimension à un engagement qui ne serait pas efficace sans la conscience de ses limites. Une action isolée n’a de sens que si elle s’articule sur une stratégie d’ensemble ; la dénonciation du système reste incomplète si l’on ne traque pas, au fond de soi, les connivences qu’il entretient avec notre psychisme normalisé ; il serait vain de pourfendre l’idéologie de la consommation si notre rapport au monde restait de l’ordre de l’appropriation-assouvissement. Toutes les formes de la lutte (huer les publicités dans les salles de cinéma, distribuer des bons de non-achat à l’entrée des grands magasins pendant les fêtes, barbouiller les affiches, renvoyer à l’expéditeur les publicités encombrant les boîtes aux lettres, etc.) sont recevables. A condition de s’inscrire dans un mouvement collectif dénonçant, simultanément, les finalités du système libéral, les multiples connivences que celui-ci tisse avec le monde journalistique, l’enfermement de nos vies dans l’optique unidimensionnelle de la production-consommation, l’uniformisation culturelle et économique de la planète, et les agissements des hommes ou des appareils de pouvoir qui ne cessent de dépolitiser les citoyens pour mieux les soumettre. Sinon, autant s’abstenir.
François Brune
Auteur du Bonheur conforme (Gallimard, 1985) et de De l’idéologie, aujourd’hui (Parangon, 2004, édition revue et augmentée en septembre 2005).
(1) A des lecteurs indignés par une publicité sexiste parue dans ses colonnes, Le Monde, par exemple, se voit contraint d’avouer : « Une bonne partie de la publicité joue sur le corps féminin et les rapports ambigus entre les sexes. Si la direction de la rédaction devait se prononcer sur chaque image, elle entrerait en conflit permanent avec les annonceurs et finirait par sortir de son rôle » (18 décembre 2000).
(2) Dans Le Publiphobe n° 53, Yvan Gradis justifie la légitimité de ces actions face à des pouvoirs publics qui répugnent à faire appliquer la loi (texte disponible 56 bis, rue Escudier, 92100 Boulogne-Billancourt).
(3) On peut renvoyer, sur ce point, aux campagnes contre le « parrainage sportif » subtilement organisé par des producteurs d’alcool, contre le tabagisme favorisé par d’énormes investissements publicitaires, contre le culte de la vitesse célébré par les publicités automobiles.
(4) Voir l’article de Simone de Beauvoir, « La femme, la pub et la haine », Le Monde du 4 mai 1983.
(5) Fondées par Florence Montreynaud (12, rue Elzévir, 75003 Paris).
(6) Lire « Le Vatican absout la publicité », Le Monde diplomatique, avril I997.
(7) Paysages de France a remporté deux victoires significatives contre la prolifération de panneaux publicitaires (Paysages de France, MNEI, 5, place Bir-Hakeim, 38000 Grenoble, tél. : 04-76-03-23-75).
(8) Lire « L’Annonce faite au tiers-monde » (Le Monde diplomatique, mai 1988), et le n° 2 de la revue L’Ecologiste sur la crise climatique (25, rue de Fécamp, 75012 Paris). Sans oublier le mot d’ordre de la Journée sans achat : « Faites un geste pour la Terre : arrêtez d’acheter ».
(9) RAP, 53, rue Jean-Moulin, 94300 Vincennes, tél. : 01-43-28-39-21. L’Association publie la revue Rap-Echos.
(10) CCCP et Casseurs de pub, 11, place Croix-Pâquet, 69001 Lyon, tél. : 04-78-39-93-32. Casseurs de pub paraît en novembre, à l’occasion de la Journée sans achats lancée par la Media Foundation (qui édite la revue canadienne Adbusters). En 1999, le film accompagnant cette action, qui devait passer parmi les spots télévisés au tarif normal, fut refusé par les chaînes. Le CCCP et RAP ont un même site Internet : www.antipub.net.
(11) Lire François Brune, « Violences de l’idéologie publicitaire », Le Monde diplomatique, août 1995.
(12) Lire François Mazoyer, « Consommateurs sous influence », Le Monde diplomatique, décembre 2000.
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/05/BRUNE/15217
dinsdag 26 februari 2013
La publicité, une histoire de médias entre autres...
Petit rappel:
La pieuvre publicitaire
La fabrique des désirs
par Ignacio Ramonet, mai 2001
« Le métier de la publicité est désormais si proche de la perfection qu’il va être difficile d’y apporter des améliorations. »
Samuel Johnson, 1759.
Contrairement aux idées reçues, la publicité et ses ficelles sont anciennes (1). Dès le XIIe siècle, des crieurs assermentés parcouraient le cœur des villes en scandant à tue-tête des ordonnances ou des avis divers. Au XVIIIe siècle, avec l’invention de la lithographie, naît l’affiche commerciale qui tapisse aussitôt murs et palissades. Mais c’est au XIXe siècle que la machine prend son essor. La publicité devient un marché et entreprend vite de coloniser les pages des journaux.
« Dès 1836, Emile de Girardin a l’idée de lancer son quotidien à grand tirage, La Presse, en l’ouvrant aux annonces commerciales. En 1832, Charles Havas crée la première agence d’information internationale qui ne tarde pas à gérer aussi les espaces publicitaires. En 1865, les petites annonces représentent déjà un tiers de l’espace des journaux (2). » Au tournant du siècle, les grandes firmes issues de la révolution industrielle doivent créer un marché de masse et façonner une demande inorganisée. Car il n’y a rien de « naturel » dans le phénomène de la consommation de masse. Il s’agit d’une construction culturelle et sociale. (Et nous soulignons: IL S'AGIT D'UNE CONSTRUCTION CULTURELLE ET SOCIALE)
Dès 1892, par exemple, Coca-Cola se dote d’un des principaux budgets publicitaires au monde. Et en 1912, la répartition des investissements publicitaires de la firme est la suivante : 300 000 dollars d’annonces dans la presse, 1 million de calendriers, 2 millions de cendriers, 5 millions de panneaux lithographiques, 10 millions de boîtes d’allumettes aux couleurs de Coca-Cola (3)... Dès cette époque, les dirigeants de cette firme conçoivent la publicité à l’intention du plus grand nombre possible d’acheteurs potentiels. « La répétition, déclare l’un d’eux, peut venir à bout de tout. Une goutte d’eau finira par traverser un rocher. Si vous frappez juste et sans discontinuer, le clou s’enfoncera dans la tête (4). »
Messages subliminaux
Le XXe siècle, avec la multiplication des médias électriques (cinéma, radio), électroniques (télévision) et numériques (Internet), a vu non seulement l’explosion de la publicité mais aussi sa sophistication. L’ambition de manipuler les esprits, à l’intérieur même des foyers, s’est haussée quasiment au niveau d’une science. Les techniques de persuasion n’ont cessé de s’affiner pour vaincre la barrière du bruit, déjouer notre méfiance et venir incruster dans notre esprit un message très précis.
On estime actuellement, dans les pays développés, le mitraillage publicitaire à plus de 2 500 impacts par personne et par jour. La télévision française, toutes chaînes confondues, a diffusé, en 1999, plus de 500 000 spots... Dans ces conditions, un message publicitaire a fort peu de chances d’être perçu. Une enquête a confirmé que 85 % de l’ensemble des messages publicitaires parvenant à un auditoire ne l’atteignent pas. Sur 15 % restants, 5 % provoquent des effets contraires (« effet boomerang ») à ceux que l’on recherchait. Et seulement 10 % agissent, en principe, positivement. Encore faut-il savoir que ces 10 % se réduisent, au bout de vingt-quatre heures, par oubli, à simplement 5 %. La déperdition atteint donc 95 % des messages publicitaires émis !
Comment procède alors la pub pour nous atteindre ? Certains ont imaginé un message réduit à une seule image et dont l’effet serait considérable. Un tel procédé, dit de l’image subliminale, rend imperceptible la publicité. En insérant une image parasite parmi les 24 qui défilent par seconde au cinéma (25 à la télévision), la persistance rétinienne ne se produit pas. L’œil voit et le cerveau en est informé, mais en dessous du seuil de conscience. Par effet subliminal (du latin sub limen, sous la limite).
Considérées comme illégales, les images subliminales hantent l’esprit de nombreux citoyens (5). En France, en 1988, après la victoire électorale de François Mitterrand, le journal Le Quotidien de Paris reprocha à ce candidat d’avoir bénéficié de l’effet occulte d’« images subliminales » contenues dans le générique du journal télévisé de la deuxième chaîne (alors Antenne 2). Un procès fut intenté pour « manipulation électorale ». Les plaignants perdirent le procès. Mais la CNCL, ancêtre de l’actuel Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), décida d’interdire toute incrustation de ce type.
En mai 2000, une association, aux Etats-Unis, a accusé le film Battlefield Earth, adapté d’un roman de Ron L. Hubbard, fondateur de l’Eglise de scientologie, et interprété par John Travolta, de « contenir des images subliminales » pour favoriser la conversion du public.
En septembre 2000, au cours de la campagne présidentielle, le candidat républicain George W. Bush dut admettre qu’un spot réalisé par son équipe contenait une image subliminale. Ce spot s’en prenait au programme de son adversaire démocrate Albert Gore. En surimpression sur l’image de ce candidat apparaissait d’abord la phrase : « The Gore Prescription Plan : Bureaucrats Decide. » Puis, sur fond noir, cette phrase voyait les quatre dernières lettres du mot « bureaucrats » se détacher et venir s’inscrire, un trentième de seconde, en capitales, « RATS », sur tout l’écran (6). Harcelé par les médias, M. Bush dut se résigner à le retirer de sa campagne.
La publicité se voulant un art de persuader, chaque message est très élaboré. Avant diffusion, par exemple, une image est parfois soumise au test dit d’« eye camera » : on enregistre, sur un spectateur cobaye qui la regarde, par caméra invisible, le mouvement des yeux, l’activité des pupilles. En multipliant ces tests, on peut déterminer statistiquement le parcours de l’œil ; ce qui est vu en premier, ce qui lui échappe. Tout cela procède d’un travail de recherche issu de la collaboration de spécialistes appartenant à des disciplines diverses : sociologues, psychologues, sémiologues, linguistes, graphistes, décorateurs.
Une telle conjonction d’expertises a fait dire à Marshall McLuhan : « Il n’y a pas d’équipe de sociologues capable de rivaliser avec les équipes de publicitaires dans la recherche et l’utilisation de données sociales exploitables. Les publicitaires consacrent chaque année des milliards de dollars à la recherche et à l’examen des réactions du public et leur production est une extraordinaire accumulation de données sur l’expérience et les sentiments communs de toute la société (7). »
Les enfants sont une cible privilégiée. Selon une estimation du Syndicat national de la publicité télévisée, les annonceurs ont dépensé, en France, en 1999, plus de 1 milliard de francs en spots destinés aux enfants de moins de 14 ans. L’Institut de l’enfant estime qu’environ 45 % de la consommation familiale (soit 500 à 600 milliards de francs par an) est plus ou moins directement influencée par des désirs enfantins. « L’avis des 4-10 ans joue surtout sur l’alimentaire, la confiserie, le textile et les jouets, estime Joël-Yves Le Bigot, président de cet institut, mais ils influencent aussi 18 % des achats de voitures et 40 % du choix des lieux de vacances (8). »
La publicité promet toujours la même chose : le bien-être, le confort, l’efficacité, le bonheur et la réussite. Elle fait miroiter une promesse de satisfaction. Elle vend du rêve, propose des raccourcis symboliques pour une rapide ascension sociale. Elle fabrique des désirs et présente un monde en vacances perpétuelles, détendu, souriant et insouciant, peuplé de personnages heureux et possédant enfin le produit miracle qui les rendra beaux, propres, libres, sains, désirés, modernes...
La publicité vend de tout à tous indistinctement, comme si la société de masse était une société sans classes. « Face à un monde angoissant, que la télévision rend présent à tous, a pu affirmer le sémiologue Louis Quesnel, la publicité évoque un monde idéal, purifié de toute tragédie, sans pays sous-développés, sans bombe nucléaire, sans explosion démographique, et sans guerres. Un monde innocent, plein de sourires et de lumières, optimiste et paradisiaque (9). »
Par accumulation, les pubs répètent et accréditent les grands mythes de notre temps : modernité, jeunesse, bonheur, loisirs, abondance... La femme, par exemple, reste enfermée dans une parole qui, le plus souvent, ne la reconnaît que comme objet de plaisir ou sujet domestique. Elle est traquée et culpabilisée, rendue responsable de la saleté de la maison ou du linge, de la détérioration de sa peau et de son corps, de la santé des enfants et de la propreté de leurs fesses, de l’estomac du mari et des économies du foyer. Au bureau ou à la cuisine, sur une plage ou sous la douche, sa dépendance ne varie pas : elle demeure esclave du regard du maître, l’homme la jugera quoi qu’elle fasse, et même si elle se « libère » par son travail à l’extérieur, il surveillera le hâle de sa peau, l’odeur de ses aisselles, la brillance de ses cheveux, la fraîcheur de son haleine, le relief de son soutien-gorge ou la couleur de ses collants.
Impuissance de la liberté
Ancien activiste contre la guerre du Vietnam, William Zimmermann estimait qu’il ne fallait pas avoir honte d’utiliser la publicité pour se faire entendre : « Aujourd’hui, la classe progressiste américaine n’a pas le choix : être détruite par le système ou, ce que nous avons enfin compris, le détruire en utilisant ses propres armes (10). » Ce n’est, bien entendu, pas si simple. Car le principe de la publicité est de tout recycler. A cet égard, on a vu récemment des symboles comme la faucille et le marteau (Self-Trade), ou de grands leaders révolutionnaires comme Marx (la banque UFF), Lénine (LibertySurf), Mao (banque UFF), Zapata (LibertySurf) ou Che Guevara (LibertySurf) servir de faire-valoir, dans des pubs, pour vanter la « révolution » Internet...
A ce propos, Frédéric Beigbeder observe : « Les dictatures d’autrefois craignaient la liberté d’expression, censuraient la contestation, enfermaient les écrivains, brûlaient les livres controversés. (...) Pour réduire l’humanité en esclavage, la publicité a choisi le profil bas, la souplesse, la persuasion. Nous vivons dans le premier système de domination de l’homme contre lequel même la liberté est impuissante. Au contraire, il mise tout sur la liberté, c’est là sa plus grande trouvaille. Toute critique lui donne le beau rôle, tout pamphlet renforce l’illusion de sa tolérance doucereuse. Il vous soumet élégamment. Le système a atteint son but : même la désobéissance est devenue une forme d’obéissance (11). »
Structurellement réductrice, la publicité offre une vision condensée, schématique, simple de la vie. Elle recourt volontiers à des stéréotypes pour nous dicter nos désirs. Et nous faire accepter notre propre asservissement.
Ignacio Ramonet
Directeur du Monde diplomatique de 1990 à 2008.
(1) Voir l’exposition « 250 ans de publicité », Musée de la publicité, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris.
(2) Libération, 24 mars 2001.
(3) Cf. Richard S. Tedlow, L’Audace et le marché. L’invention du marketing aux Etats-Unis, Odile Jacob, Paris, 1997.
(4) Ibid.
(5) Lire Propagandes silencieuses, Galilée, Paris, 2000.
(6) International Herald Tribune, Paris, 13 septembre 2000.
(7) Marshall McLuhan, Pour comprendre les médias, Seuil-Mame, Paris, 1968, p. 252.
(8) Télérama, Paris, 12 avril 2000.
(9) Communications n° 17, Paris, Seuil, 1971,
(10) Le Monde, 4 mai 1980.
(11) Frédéric Beigbeder, 99 F, Grasset, Paris, 2000.
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/05/RAMONET/15208
La pieuvre publicitaire
La fabrique des désirs
par Ignacio Ramonet, mai 2001
« Le métier de la publicité est désormais si proche de la perfection qu’il va être difficile d’y apporter des améliorations. »
Samuel Johnson, 1759.
Contrairement aux idées reçues, la publicité et ses ficelles sont anciennes (1). Dès le XIIe siècle, des crieurs assermentés parcouraient le cœur des villes en scandant à tue-tête des ordonnances ou des avis divers. Au XVIIIe siècle, avec l’invention de la lithographie, naît l’affiche commerciale qui tapisse aussitôt murs et palissades. Mais c’est au XIXe siècle que la machine prend son essor. La publicité devient un marché et entreprend vite de coloniser les pages des journaux.
« Dès 1836, Emile de Girardin a l’idée de lancer son quotidien à grand tirage, La Presse, en l’ouvrant aux annonces commerciales. En 1832, Charles Havas crée la première agence d’information internationale qui ne tarde pas à gérer aussi les espaces publicitaires. En 1865, les petites annonces représentent déjà un tiers de l’espace des journaux (2). » Au tournant du siècle, les grandes firmes issues de la révolution industrielle doivent créer un marché de masse et façonner une demande inorganisée. Car il n’y a rien de « naturel » dans le phénomène de la consommation de masse. Il s’agit d’une construction culturelle et sociale. (Et nous soulignons: IL S'AGIT D'UNE CONSTRUCTION CULTURELLE ET SOCIALE)
Dès 1892, par exemple, Coca-Cola se dote d’un des principaux budgets publicitaires au monde. Et en 1912, la répartition des investissements publicitaires de la firme est la suivante : 300 000 dollars d’annonces dans la presse, 1 million de calendriers, 2 millions de cendriers, 5 millions de panneaux lithographiques, 10 millions de boîtes d’allumettes aux couleurs de Coca-Cola (3)... Dès cette époque, les dirigeants de cette firme conçoivent la publicité à l’intention du plus grand nombre possible d’acheteurs potentiels. « La répétition, déclare l’un d’eux, peut venir à bout de tout. Une goutte d’eau finira par traverser un rocher. Si vous frappez juste et sans discontinuer, le clou s’enfoncera dans la tête (4). »
Messages subliminaux
Le XXe siècle, avec la multiplication des médias électriques (cinéma, radio), électroniques (télévision) et numériques (Internet), a vu non seulement l’explosion de la publicité mais aussi sa sophistication. L’ambition de manipuler les esprits, à l’intérieur même des foyers, s’est haussée quasiment au niveau d’une science. Les techniques de persuasion n’ont cessé de s’affiner pour vaincre la barrière du bruit, déjouer notre méfiance et venir incruster dans notre esprit un message très précis.
On estime actuellement, dans les pays développés, le mitraillage publicitaire à plus de 2 500 impacts par personne et par jour. La télévision française, toutes chaînes confondues, a diffusé, en 1999, plus de 500 000 spots... Dans ces conditions, un message publicitaire a fort peu de chances d’être perçu. Une enquête a confirmé que 85 % de l’ensemble des messages publicitaires parvenant à un auditoire ne l’atteignent pas. Sur 15 % restants, 5 % provoquent des effets contraires (« effet boomerang ») à ceux que l’on recherchait. Et seulement 10 % agissent, en principe, positivement. Encore faut-il savoir que ces 10 % se réduisent, au bout de vingt-quatre heures, par oubli, à simplement 5 %. La déperdition atteint donc 95 % des messages publicitaires émis !
Comment procède alors la pub pour nous atteindre ? Certains ont imaginé un message réduit à une seule image et dont l’effet serait considérable. Un tel procédé, dit de l’image subliminale, rend imperceptible la publicité. En insérant une image parasite parmi les 24 qui défilent par seconde au cinéma (25 à la télévision), la persistance rétinienne ne se produit pas. L’œil voit et le cerveau en est informé, mais en dessous du seuil de conscience. Par effet subliminal (du latin sub limen, sous la limite).
Considérées comme illégales, les images subliminales hantent l’esprit de nombreux citoyens (5). En France, en 1988, après la victoire électorale de François Mitterrand, le journal Le Quotidien de Paris reprocha à ce candidat d’avoir bénéficié de l’effet occulte d’« images subliminales » contenues dans le générique du journal télévisé de la deuxième chaîne (alors Antenne 2). Un procès fut intenté pour « manipulation électorale ». Les plaignants perdirent le procès. Mais la CNCL, ancêtre de l’actuel Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), décida d’interdire toute incrustation de ce type.
En mai 2000, une association, aux Etats-Unis, a accusé le film Battlefield Earth, adapté d’un roman de Ron L. Hubbard, fondateur de l’Eglise de scientologie, et interprété par John Travolta, de « contenir des images subliminales » pour favoriser la conversion du public.
En septembre 2000, au cours de la campagne présidentielle, le candidat républicain George W. Bush dut admettre qu’un spot réalisé par son équipe contenait une image subliminale. Ce spot s’en prenait au programme de son adversaire démocrate Albert Gore. En surimpression sur l’image de ce candidat apparaissait d’abord la phrase : « The Gore Prescription Plan : Bureaucrats Decide. » Puis, sur fond noir, cette phrase voyait les quatre dernières lettres du mot « bureaucrats » se détacher et venir s’inscrire, un trentième de seconde, en capitales, « RATS », sur tout l’écran (6). Harcelé par les médias, M. Bush dut se résigner à le retirer de sa campagne.
La publicité se voulant un art de persuader, chaque message est très élaboré. Avant diffusion, par exemple, une image est parfois soumise au test dit d’« eye camera » : on enregistre, sur un spectateur cobaye qui la regarde, par caméra invisible, le mouvement des yeux, l’activité des pupilles. En multipliant ces tests, on peut déterminer statistiquement le parcours de l’œil ; ce qui est vu en premier, ce qui lui échappe. Tout cela procède d’un travail de recherche issu de la collaboration de spécialistes appartenant à des disciplines diverses : sociologues, psychologues, sémiologues, linguistes, graphistes, décorateurs.
Une telle conjonction d’expertises a fait dire à Marshall McLuhan : « Il n’y a pas d’équipe de sociologues capable de rivaliser avec les équipes de publicitaires dans la recherche et l’utilisation de données sociales exploitables. Les publicitaires consacrent chaque année des milliards de dollars à la recherche et à l’examen des réactions du public et leur production est une extraordinaire accumulation de données sur l’expérience et les sentiments communs de toute la société (7). »
Les enfants sont une cible privilégiée. Selon une estimation du Syndicat national de la publicité télévisée, les annonceurs ont dépensé, en France, en 1999, plus de 1 milliard de francs en spots destinés aux enfants de moins de 14 ans. L’Institut de l’enfant estime qu’environ 45 % de la consommation familiale (soit 500 à 600 milliards de francs par an) est plus ou moins directement influencée par des désirs enfantins. « L’avis des 4-10 ans joue surtout sur l’alimentaire, la confiserie, le textile et les jouets, estime Joël-Yves Le Bigot, président de cet institut, mais ils influencent aussi 18 % des achats de voitures et 40 % du choix des lieux de vacances (8). »
La publicité promet toujours la même chose : le bien-être, le confort, l’efficacité, le bonheur et la réussite. Elle fait miroiter une promesse de satisfaction. Elle vend du rêve, propose des raccourcis symboliques pour une rapide ascension sociale. Elle fabrique des désirs et présente un monde en vacances perpétuelles, détendu, souriant et insouciant, peuplé de personnages heureux et possédant enfin le produit miracle qui les rendra beaux, propres, libres, sains, désirés, modernes...
La publicité vend de tout à tous indistinctement, comme si la société de masse était une société sans classes. « Face à un monde angoissant, que la télévision rend présent à tous, a pu affirmer le sémiologue Louis Quesnel, la publicité évoque un monde idéal, purifié de toute tragédie, sans pays sous-développés, sans bombe nucléaire, sans explosion démographique, et sans guerres. Un monde innocent, plein de sourires et de lumières, optimiste et paradisiaque (9). »
Par accumulation, les pubs répètent et accréditent les grands mythes de notre temps : modernité, jeunesse, bonheur, loisirs, abondance... La femme, par exemple, reste enfermée dans une parole qui, le plus souvent, ne la reconnaît que comme objet de plaisir ou sujet domestique. Elle est traquée et culpabilisée, rendue responsable de la saleté de la maison ou du linge, de la détérioration de sa peau et de son corps, de la santé des enfants et de la propreté de leurs fesses, de l’estomac du mari et des économies du foyer. Au bureau ou à la cuisine, sur une plage ou sous la douche, sa dépendance ne varie pas : elle demeure esclave du regard du maître, l’homme la jugera quoi qu’elle fasse, et même si elle se « libère » par son travail à l’extérieur, il surveillera le hâle de sa peau, l’odeur de ses aisselles, la brillance de ses cheveux, la fraîcheur de son haleine, le relief de son soutien-gorge ou la couleur de ses collants.
Impuissance de la liberté
Ancien activiste contre la guerre du Vietnam, William Zimmermann estimait qu’il ne fallait pas avoir honte d’utiliser la publicité pour se faire entendre : « Aujourd’hui, la classe progressiste américaine n’a pas le choix : être détruite par le système ou, ce que nous avons enfin compris, le détruire en utilisant ses propres armes (10). » Ce n’est, bien entendu, pas si simple. Car le principe de la publicité est de tout recycler. A cet égard, on a vu récemment des symboles comme la faucille et le marteau (Self-Trade), ou de grands leaders révolutionnaires comme Marx (la banque UFF), Lénine (LibertySurf), Mao (banque UFF), Zapata (LibertySurf) ou Che Guevara (LibertySurf) servir de faire-valoir, dans des pubs, pour vanter la « révolution » Internet...
A ce propos, Frédéric Beigbeder observe : « Les dictatures d’autrefois craignaient la liberté d’expression, censuraient la contestation, enfermaient les écrivains, brûlaient les livres controversés. (...) Pour réduire l’humanité en esclavage, la publicité a choisi le profil bas, la souplesse, la persuasion. Nous vivons dans le premier système de domination de l’homme contre lequel même la liberté est impuissante. Au contraire, il mise tout sur la liberté, c’est là sa plus grande trouvaille. Toute critique lui donne le beau rôle, tout pamphlet renforce l’illusion de sa tolérance doucereuse. Il vous soumet élégamment. Le système a atteint son but : même la désobéissance est devenue une forme d’obéissance (11). »
Structurellement réductrice, la publicité offre une vision condensée, schématique, simple de la vie. Elle recourt volontiers à des stéréotypes pour nous dicter nos désirs. Et nous faire accepter notre propre asservissement.
Ignacio Ramonet
Directeur du Monde diplomatique de 1990 à 2008.
(1) Voir l’exposition « 250 ans de publicité », Musée de la publicité, 107, rue de Rivoli, 75001 Paris.
(2) Libération, 24 mars 2001.
(3) Cf. Richard S. Tedlow, L’Audace et le marché. L’invention du marketing aux Etats-Unis, Odile Jacob, Paris, 1997.
(4) Ibid.
(5) Lire Propagandes silencieuses, Galilée, Paris, 2000.
(6) International Herald Tribune, Paris, 13 septembre 2000.
(7) Marshall McLuhan, Pour comprendre les médias, Seuil-Mame, Paris, 1968, p. 252.
(8) Télérama, Paris, 12 avril 2000.
(9) Communications n° 17, Paris, Seuil, 1971,
(10) Le Monde, 4 mai 1980.
(11) Frédéric Beigbeder, 99 F, Grasset, Paris, 2000.
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/05/RAMONET/15208
maandag 25 februari 2013
L'Europe et la littérature...
TRADUIRE L'EUROPE Rencontres Européennes de Littérature
PERMETTRE AUX LITTÉRATURES EUROPÉENNES DE SE RENCONTRER
Pour surmonter les conflits du passé et faire face à l’émergence de nouvelles superpuissances, l’Europe doit construire son unité. Ce travail est en cours au niveau des institutions politiques et des relations économiques, mais l’Europe des peuples reste loin en arrière. Les peuples d’Europe ne se connaissent pas, et moins encore ceux qui ont été séparés durant tant d’années par le « rideau de fer ».
Cette mauvaise connaissance mutuelle est essentiellement liée à une ignorance presque totale de la culture de l’autre. Faire avancer l’Europe des peuples, c’est donc faire avancer l’Europe des cultures. Le grave retard pris à cet égard risque de fragiliser, on s’en aperçoit aujourd’hui, l’ensemble de la construction européenne.
L’idée des Rencontres Européennes de Littérature, intimement liée à celle du Prix Européen de Littérature, est à la fois simple et ambitieuse : contribuer à une meilleure connaissance mutuelle des peuples européens à travers les grandes figures contemporaines de leur culture, ces « Victor Hugo » qui en sont aujourd’hui les vivants symboles. C’est en donnant à chaque pays d’Europe un visage, celui de son plus grand écrivain actuel, que nos pays pourront le mieux apprendre à s’estimer et se comprendre.
STRASBOURG, LIEU NATUREL DE TELLES RENCONTRES
En tant que siège du Conseil de l’Europe, de la Cour Européenne des Droits de l’Homme et du Parlement Européen, Strasbourg a naturellement bien des titres pour être le lieu des Rencontres Européennes de Littérature.
Au plan de la culture, du patrimoine et de la création, Strasbourg peut revendiquer une légitimité non moindre. En témoignent sa prestigieuse Cathédrale et sa très riche histoire – de Gutenberg à Jean Hans Arp, en passant par Eckhart, Goethe et Schweitzer.
En attestent également aujourd'hui son université, l'une des plus anciennes d'Europe et la plus importante de France après la Sorbonne, ses nombreuses bibliothèques (dont la Bibliothèque Nationale Universitaire et la Médiathèque André Malraux), ses théâtres (dont le Théâtre National de Strasbourg, avec son exceptionnelle école de théâtre) , ses musées et ses grandes manifestations internationales (comme, par exemple, Musica).
UNE APPROCHE OUVERTE DU DIALOGUE DES LANGUES ET DES CULTURES
Faire connaître les grandes figures de la littérature européenne d’aujourd’hui ne suffit pas : les Rencontres Européennes de Littérature ont le souci de les mettre en correspondance avec les œuvres des grands écrivains francophones contemporains, mais aussi de faire sentir dans la richesse exceptionnelle du patrimoine culturel de l’Alsace, carrefour des langues et des cultures, la fécondité d’une approche européenne de la culture, au-delà des clivages et des conflits qui ont marqué l’histoire.
C’est la complémentarité de ces trois démarches qui permet de donner à chacune sa pleine signification dans une perspective à la fois européenne, francophone et régionale.
http://www.centrenationaldulivre.fr/fr/actualites/aid-97/actualite-les_rencontres_europeennes_de_litterature_de_strasbourg
http://www.franceculture.fr/emission-tout-un-monde-traduire-%E2%80%93-l%E2%80%99atelier-des-langues-partagees-2013-01-29
http://www.centrenationaldulivre.fr/en/ressources/carnet_de_liens/
http://www.la-croix.com/Culture/Livres/Livres/Le-Livre-de-poche-a-60-ans-_NG_-2013-02-14-911049
PERMETTRE AUX LITTÉRATURES EUROPÉENNES DE SE RENCONTRER
Pour surmonter les conflits du passé et faire face à l’émergence de nouvelles superpuissances, l’Europe doit construire son unité. Ce travail est en cours au niveau des institutions politiques et des relations économiques, mais l’Europe des peuples reste loin en arrière. Les peuples d’Europe ne se connaissent pas, et moins encore ceux qui ont été séparés durant tant d’années par le « rideau de fer ».
Cette mauvaise connaissance mutuelle est essentiellement liée à une ignorance presque totale de la culture de l’autre. Faire avancer l’Europe des peuples, c’est donc faire avancer l’Europe des cultures. Le grave retard pris à cet égard risque de fragiliser, on s’en aperçoit aujourd’hui, l’ensemble de la construction européenne.
L’idée des Rencontres Européennes de Littérature, intimement liée à celle du Prix Européen de Littérature, est à la fois simple et ambitieuse : contribuer à une meilleure connaissance mutuelle des peuples européens à travers les grandes figures contemporaines de leur culture, ces « Victor Hugo » qui en sont aujourd’hui les vivants symboles. C’est en donnant à chaque pays d’Europe un visage, celui de son plus grand écrivain actuel, que nos pays pourront le mieux apprendre à s’estimer et se comprendre.
STRASBOURG, LIEU NATUREL DE TELLES RENCONTRES
En tant que siège du Conseil de l’Europe, de la Cour Européenne des Droits de l’Homme et du Parlement Européen, Strasbourg a naturellement bien des titres pour être le lieu des Rencontres Européennes de Littérature.
Au plan de la culture, du patrimoine et de la création, Strasbourg peut revendiquer une légitimité non moindre. En témoignent sa prestigieuse Cathédrale et sa très riche histoire – de Gutenberg à Jean Hans Arp, en passant par Eckhart, Goethe et Schweitzer.
En attestent également aujourd'hui son université, l'une des plus anciennes d'Europe et la plus importante de France après la Sorbonne, ses nombreuses bibliothèques (dont la Bibliothèque Nationale Universitaire et la Médiathèque André Malraux), ses théâtres (dont le Théâtre National de Strasbourg, avec son exceptionnelle école de théâtre) , ses musées et ses grandes manifestations internationales (comme, par exemple, Musica).
UNE APPROCHE OUVERTE DU DIALOGUE DES LANGUES ET DES CULTURES
Faire connaître les grandes figures de la littérature européenne d’aujourd’hui ne suffit pas : les Rencontres Européennes de Littérature ont le souci de les mettre en correspondance avec les œuvres des grands écrivains francophones contemporains, mais aussi de faire sentir dans la richesse exceptionnelle du patrimoine culturel de l’Alsace, carrefour des langues et des cultures, la fécondité d’une approche européenne de la culture, au-delà des clivages et des conflits qui ont marqué l’histoire.
C’est la complémentarité de ces trois démarches qui permet de donner à chacune sa pleine signification dans une perspective à la fois européenne, francophone et régionale.
http://www.centrenationaldulivre.fr/fr/actualites/aid-97/actualite-les_rencontres_europeennes_de_litterature_de_strasbourg
http://www.franceculture.fr/emission-tout-un-monde-traduire-%E2%80%93-l%E2%80%99atelier-des-langues-partagees-2013-01-29
http://www.centrenationaldulivre.fr/en/ressources/carnet_de_liens/
http://www.la-croix.com/Culture/Livres/Livres/Le-Livre-de-poche-a-60-ans-_NG_-2013-02-14-911049
Sur le sens des mots...
Union Nationale des Ecrivains de France
Coordination Défense de Versailles
8, rue d’Anjou, 75008 Paris
Le Président Madame Hélène Carrère d’Encausse
Secrétaire perpétuel de l’Académie française
Lettre ouverte 23, Quai de Conti
75006 Paris
Versailles, ce 24 février 2013
Objet : Saisine de l’Académie Française sur la fausse définition du mariage de l’article 1 du projet de loi Taubira-Hollande
Madame le Secrétaire perpétuel,
Dans l’actuel bras de fer opposant la Nation et le Président de la République voulant lui imposer une fausse définition du mariage, le silence de l’Académie française ne saurait durer ! C’est l’archevêque d’Albi, Mgr Jean Legrez, et non l’Académie française, qui a soulevé le problème en disant : « La première chose que le gouvernement doit faire est de convoquer l'Académie française pour changer le sens des mots ! » Dès lors, toute la question est donc de savoir qui, du Gouvernement, du Peuple ou de l’Académie française, a le droit d’obliger les enfants à donner au mot « mariage » un sens inverse de celui de leurs parents ? Qui, comme l’a suggéré le Député Azérot, aurait le droit de trainer devant les tribunaux toute personne refusant la fausse définition du mariage que F. Hollande veut imposer au nom de « la force injuste de la loi » dénoncée par son mentor F. Mitterrand ? Qui est souverain maître de la langue, du sens des mots et du dictionnaire ?
C’est l’Académie qui détient le pouvoir souverain
La souveraineté de l’Académie est inscrite au principe même de sa devise, de son histoire, de ses statuts et de sa mission :
- Sa devise « À l’immortalité », inscrite sur le sceau de Richelieu, dicte sa finalité aux académiciens, ainsi faits « immortels », d’assurer la stabilité de la langue française du Siècle de Louis XIV en la fixant pour l’éternité ;
- Son histoire prescrit le cap de service public : « Si la fondation de l’Académie française par Richelieu en 1635 » est une date clef de l’histoire de France moderne, « c’est parce que, pour la première fois, les débats d’une assemblée de lettrés ont été considérés comme pouvant jouer un rôle éminent dans le devenir de la société et de la nation » ;
- Ses statuts, depuis 1635, ont la particularité de lier l’autorité de la Compagnie au magistère intellectuel qu’ils lui confèrent sur la langue pour lui « donner des règles certaines ». « L’Académie est ainsi assimilée aux cours supérieures, comme instance suprême en matière de langue » : c'est-à-dire à une Cour souveraine, scénarisée par son cérémonial, ses costumes d’apparat et son palais Mazarin à l’architecture de prestige grand siècle ;
- Sa mission est la défense de la langue française, depuis qu’après avoir fait du français la langue administrative et judiciaire commune à l’ensemble du royaume, le roi en fera, à travers le gouvernement de Richelieu, l’instrument de sa politique d’unification du royaume, de rayonnement culturel et diplomatique, et la langue commune de l’Europe. « La principale mission de l’Académie sera de travailler, avec tout le soin et toute la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. » (Article XXIV) ; Dépositaire de la doctrine de Malherbe, (…) l’Académie a reçu une mission dont on mesure mieux aujourd’hui la profonde originalité : constituer avec sagesse et économie une langue qui ne fût pas celle des spécialistes, des érudits, ni celle des corporations, qui eût la clarté et l’élégance qu’on accorde au latin, où ne fût pas accentué l’écart entre langue écrite et langue parlée, qui tînt enfin sa force de son double attachement à l’usage et à la norme[1] ».
L’article 1 viole la souveraineté de l’Académie
Mais, aujourd’hui, l’Académie voit sa souveraineté effrontément violée par l’article 1 du projet Hollande prétendant se substituer à elle pour infliger aux vrais couples mariés le symbole inversé d’une paire d’homosexuels inféconds. Car dit bien C. Taubira « il ne s'agit pas d'une ruse, pas d'une entourloupe, il s'agit d'un mariage avec toute sa charge symbolique ».
La double atteinte au droit de la langue, de sens et de symbole, est manifeste :
1. L’art. 1 du projet de Loi Hollande viole outrageusement la règle d’or, de clarté non équivoque, ayant assuré au français sa suprématie internationale pendant quatre siècles, en donnant du mariage une définition absurde ; un même mot ( mariage) ne pouvant désigner à la fois une chose et son inverse : le « différent » ou le « même » (sexe) ! Qu’on en juge par l’incompatibilité radicale des deux définitions de :
- l’Académie : MARIAGE. Union d'un homme et d'une femme par le lien conjugal
- l’Art. 1 du projet de loi : Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe.
2. Comment imaginer défi plus symbolique au génie du français et à sa règle d’or - de clarté, de pureté et de probité - que cette antidéfinition du « mariage » confondant outrageusement un « chose » et son « inverse », le « normal » et l’« anormal », le « vrai » et le « faux » ? Symbole ignominieux de confusion des contradictoires - Molière verra même dans l’inclusion des contraires dans un même mot, la cause de tous nos maux ! – que Richelieu fustigera en termes sans appel en disant : « Le bien et le mal sont en effet si différents et contraires qu’ils ne doivent point être mis en commerce l’un avec l’autre ; ce sont deux ennemis entre lesquels il ne se doit faire ni quartier ni échange. »
Le mot le plus chargé de sens immortel
Le 6 avril 2000, l’Académie s’est alarmée de « la politique d’amenuisement des filières littéraires …sur le point de parvenir à éliminer presque complètement de notre enseignement la connaissance et le goût de la littérature » jusqu’à interdire « la compréhension du langage scientifique comme des structures politiques et juridiques de notre civilisation. » Si bien qu’ « aujourd’hui, la langue et la littérature elles-mêmes …semblent être devenues les ennemis à détruire. »
Aujourd’hui, avec l’article 1 du projet Hollande, c’est le mot « mariage » qui est devenu l’ennemi à abattre ! Et si le succès de coup d’État sémantique de la loi Hollande réussissait, il priverait les Français du mot le plus chargé d’humanité, d’intelligence du monde et de sens polysémique de la langue. Avec toutes ses réalités et repères – intellectuels, identitaires, symboliques, artistiques, religieux, politiques, sociaux, biologiques, généalogiques, affectifs, psychologiques, historiques, familiaux, sexuels – attachés à ce mot « magique », un tel rapt dépossèderait les Français de leur droit constitutionnel à leur langue, l’Académie de sa souveraine raison d’être, et frapperait d’illégitimité et d’imposture le Régime qui oserait se livrer ainsi à une telle oppression de la langue, radicalement antidémocratique !
L’Académie française ne peut pas ne pas relever le défi de l’article 1
En réponse au projet du Gouvernement de détruire le mot le plus chargé de sens de la langue universelle, l’Académie – responsable de la défense de la langue la plus claire, élégante et universelle, de sa règle d’or de précision non équivoque – ne saurait sans se déjuger ne pas relever le défi lancé à son pouvoir souverain sur la langue.
Depuis sa déclaration du 6 avril 2000, c’est bien dans cette Résistance à la destruction du français que l’Académie s’est déjà engagée, assurément guidée dans cette voie par cette sorte d’instinct « académique », hérité de Richelieu qui ne cessait de proclamer : « La lumière naturelle fait connaître à un chacun que l’homme ayant été fait raisonnable il ne doit rien faire que par raison » ; « qu’il ne doit rien vouloir qui ne soit raisonnable et juste » ; que « Les Intérêts publics doivent etre l’unique fin de ceux qui gouvernent les États et leurs conseillers et etre préférés aux particuliers. ».
C’est sur ce principe de défense que, dans sa séance du 12 juin 2008, elle a adopté à l’unanimité une déclaration s’opposant à la reconnaissance constitutionnelle des langues régionales dont la mention dans l’article 1 de la Constitution constitue, selon elle, « un déni de la République ». En relevant le défi de la fausse définition du mariage, elle ne fera que faire suite à l’avis du 21 janvier 2013 de l’Académie des sciences morales et politiques sur le projet de loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe et appelant « l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de respecter, dans la loi et ses textes d’application, le droit des couples hétérosexuels à demeurer « mari » et « femme » et « père » et « mère » de leurs enfants (sic) ». La rupture envisagée sur la filiation est plus profonde encore. Le projet « tend à promouvoir un droit à l’enfant qui fait passer celui-ci de sujet à objet de droit. Il conduit à nier la différence biologique entre les sexes (…) ».
Mais l’article 1 du projet de loi Hollande est une définition de mot relevant du magistère intellectuel de l’Académie française qui, contrairement à l’Académie des sciences morales et politiques – n’ayant qu’une voix consultative – est assimilée à une Cour souveraine dont le Président de la République assure d’ailleurs la fonction de « Chef et Protecteur » héritée de Richelieu. À l’image du pouvoir souverain des Cours supérieures sa souveraineté sur la langue est sans appel !
Saisine de l’Académie Française
Sauf à accepter d’être ridiculisé aux yeux du monde entier dans le principe même de sa devise « À l’immortalité » (de la langue française) par un Gouvernement ultra-minoritaire ; niant sa raison d’être de faire le dictionnaire et d’y donner la vraie définition des mots en prétendant lui imposer une fausse définition du mot mariage inverse de son sens immortel et universel ; niant sa vocation de défense de la langue commune du peuple contre tout empiètement partisan d’une tyrannie prétendant déposséder le Peuple de la définition commune et symbolique du mot immémorial la plus chargée de sens auquel il droit ; niant le principe même de sa souveraineté datant de Richelieu ; sauf à accepter de faire rétrograder la langue française et démissionner l’Académie française du 1er rang à celui d’un Institution discréditée dont le prestige de façade, non défendu les armes à la main, ne serait plus qu’une coquille vide de sens, ayant fait son temps, dénuée de toute légitimité et respectabilité ; sauf à se nier elle-même, l’Académie doit rejeter le dictat du Gouvernement !
C’est pourquoi, au nom de la vocation de l’Académie d’assurer l’immortalité de la langue française, de son devoir de fidélité à l’œuvre de son fondateur Richelieu et à sa Mission de Défense de la langue française ; au nom de son Pouvoir souverain en matière de langue ; au nom de l’Union Nationale des Écrivains de France (UNIEF) et de la Coordination Défense de Versailles (CDV) ; nous vous saisissons de notre demande de tout mettre en œuvre pour faire opposition à l’adoption de la fausse définition du « mariage » de l’art. 1 du projet de loi Hollande qui viole le principe même de clarté non contradictoire, d’universalité souveraine de la langue française, et la raison d’être de l’Académie aux yeux de tous !
Dans cette attente, et dans celle de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Madame le Secrétaire perpétuel, l’assurance de notre haute considération.
Pierre CHARIE-MARSAINES Arnaud-Aaron UPINSKY
Président d’honneur, Commandeur de la Légion d’Honneur Président
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[1] Site de l’Académie française.
Coordination Défense de Versailles
8, rue d’Anjou, 75008 Paris
Le Président Madame Hélène Carrère d’Encausse
Secrétaire perpétuel de l’Académie française
Lettre ouverte 23, Quai de Conti
75006 Paris
Versailles, ce 24 février 2013
Objet : Saisine de l’Académie Française sur la fausse définition du mariage de l’article 1 du projet de loi Taubira-Hollande
Madame le Secrétaire perpétuel,
Dans l’actuel bras de fer opposant la Nation et le Président de la République voulant lui imposer une fausse définition du mariage, le silence de l’Académie française ne saurait durer ! C’est l’archevêque d’Albi, Mgr Jean Legrez, et non l’Académie française, qui a soulevé le problème en disant : « La première chose que le gouvernement doit faire est de convoquer l'Académie française pour changer le sens des mots ! » Dès lors, toute la question est donc de savoir qui, du Gouvernement, du Peuple ou de l’Académie française, a le droit d’obliger les enfants à donner au mot « mariage » un sens inverse de celui de leurs parents ? Qui, comme l’a suggéré le Député Azérot, aurait le droit de trainer devant les tribunaux toute personne refusant la fausse définition du mariage que F. Hollande veut imposer au nom de « la force injuste de la loi » dénoncée par son mentor F. Mitterrand ? Qui est souverain maître de la langue, du sens des mots et du dictionnaire ?
C’est l’Académie qui détient le pouvoir souverain
La souveraineté de l’Académie est inscrite au principe même de sa devise, de son histoire, de ses statuts et de sa mission :
- Sa devise « À l’immortalité », inscrite sur le sceau de Richelieu, dicte sa finalité aux académiciens, ainsi faits « immortels », d’assurer la stabilité de la langue française du Siècle de Louis XIV en la fixant pour l’éternité ;
- Son histoire prescrit le cap de service public : « Si la fondation de l’Académie française par Richelieu en 1635 » est une date clef de l’histoire de France moderne, « c’est parce que, pour la première fois, les débats d’une assemblée de lettrés ont été considérés comme pouvant jouer un rôle éminent dans le devenir de la société et de la nation » ;
- Ses statuts, depuis 1635, ont la particularité de lier l’autorité de la Compagnie au magistère intellectuel qu’ils lui confèrent sur la langue pour lui « donner des règles certaines ». « L’Académie est ainsi assimilée aux cours supérieures, comme instance suprême en matière de langue » : c'est-à-dire à une Cour souveraine, scénarisée par son cérémonial, ses costumes d’apparat et son palais Mazarin à l’architecture de prestige grand siècle ;
- Sa mission est la défense de la langue française, depuis qu’après avoir fait du français la langue administrative et judiciaire commune à l’ensemble du royaume, le roi en fera, à travers le gouvernement de Richelieu, l’instrument de sa politique d’unification du royaume, de rayonnement culturel et diplomatique, et la langue commune de l’Europe. « La principale mission de l’Académie sera de travailler, avec tout le soin et toute la diligence possibles, à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences. » (Article XXIV) ; Dépositaire de la doctrine de Malherbe, (…) l’Académie a reçu une mission dont on mesure mieux aujourd’hui la profonde originalité : constituer avec sagesse et économie une langue qui ne fût pas celle des spécialistes, des érudits, ni celle des corporations, qui eût la clarté et l’élégance qu’on accorde au latin, où ne fût pas accentué l’écart entre langue écrite et langue parlée, qui tînt enfin sa force de son double attachement à l’usage et à la norme[1] ».
L’article 1 viole la souveraineté de l’Académie
Mais, aujourd’hui, l’Académie voit sa souveraineté effrontément violée par l’article 1 du projet Hollande prétendant se substituer à elle pour infliger aux vrais couples mariés le symbole inversé d’une paire d’homosexuels inféconds. Car dit bien C. Taubira « il ne s'agit pas d'une ruse, pas d'une entourloupe, il s'agit d'un mariage avec toute sa charge symbolique ».
La double atteinte au droit de la langue, de sens et de symbole, est manifeste :
1. L’art. 1 du projet de Loi Hollande viole outrageusement la règle d’or, de clarté non équivoque, ayant assuré au français sa suprématie internationale pendant quatre siècles, en donnant du mariage une définition absurde ; un même mot ( mariage) ne pouvant désigner à la fois une chose et son inverse : le « différent » ou le « même » (sexe) ! Qu’on en juge par l’incompatibilité radicale des deux définitions de :
- l’Académie : MARIAGE. Union d'un homme et d'une femme par le lien conjugal
- l’Art. 1 du projet de loi : Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe.
2. Comment imaginer défi plus symbolique au génie du français et à sa règle d’or - de clarté, de pureté et de probité - que cette antidéfinition du « mariage » confondant outrageusement un « chose » et son « inverse », le « normal » et l’« anormal », le « vrai » et le « faux » ? Symbole ignominieux de confusion des contradictoires - Molière verra même dans l’inclusion des contraires dans un même mot, la cause de tous nos maux ! – que Richelieu fustigera en termes sans appel en disant : « Le bien et le mal sont en effet si différents et contraires qu’ils ne doivent point être mis en commerce l’un avec l’autre ; ce sont deux ennemis entre lesquels il ne se doit faire ni quartier ni échange. »
Le mot le plus chargé de sens immortel
Le 6 avril 2000, l’Académie s’est alarmée de « la politique d’amenuisement des filières littéraires …sur le point de parvenir à éliminer presque complètement de notre enseignement la connaissance et le goût de la littérature » jusqu’à interdire « la compréhension du langage scientifique comme des structures politiques et juridiques de notre civilisation. » Si bien qu’ « aujourd’hui, la langue et la littérature elles-mêmes …semblent être devenues les ennemis à détruire. »
Aujourd’hui, avec l’article 1 du projet Hollande, c’est le mot « mariage » qui est devenu l’ennemi à abattre ! Et si le succès de coup d’État sémantique de la loi Hollande réussissait, il priverait les Français du mot le plus chargé d’humanité, d’intelligence du monde et de sens polysémique de la langue. Avec toutes ses réalités et repères – intellectuels, identitaires, symboliques, artistiques, religieux, politiques, sociaux, biologiques, généalogiques, affectifs, psychologiques, historiques, familiaux, sexuels – attachés à ce mot « magique », un tel rapt dépossèderait les Français de leur droit constitutionnel à leur langue, l’Académie de sa souveraine raison d’être, et frapperait d’illégitimité et d’imposture le Régime qui oserait se livrer ainsi à une telle oppression de la langue, radicalement antidémocratique !
L’Académie française ne peut pas ne pas relever le défi de l’article 1
En réponse au projet du Gouvernement de détruire le mot le plus chargé de sens de la langue universelle, l’Académie – responsable de la défense de la langue la plus claire, élégante et universelle, de sa règle d’or de précision non équivoque – ne saurait sans se déjuger ne pas relever le défi lancé à son pouvoir souverain sur la langue.
Depuis sa déclaration du 6 avril 2000, c’est bien dans cette Résistance à la destruction du français que l’Académie s’est déjà engagée, assurément guidée dans cette voie par cette sorte d’instinct « académique », hérité de Richelieu qui ne cessait de proclamer : « La lumière naturelle fait connaître à un chacun que l’homme ayant été fait raisonnable il ne doit rien faire que par raison » ; « qu’il ne doit rien vouloir qui ne soit raisonnable et juste » ; que « Les Intérêts publics doivent etre l’unique fin de ceux qui gouvernent les États et leurs conseillers et etre préférés aux particuliers. ».
C’est sur ce principe de défense que, dans sa séance du 12 juin 2008, elle a adopté à l’unanimité une déclaration s’opposant à la reconnaissance constitutionnelle des langues régionales dont la mention dans l’article 1 de la Constitution constitue, selon elle, « un déni de la République ». En relevant le défi de la fausse définition du mariage, elle ne fera que faire suite à l’avis du 21 janvier 2013 de l’Académie des sciences morales et politiques sur le projet de loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe et appelant « l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de respecter, dans la loi et ses textes d’application, le droit des couples hétérosexuels à demeurer « mari » et « femme » et « père » et « mère » de leurs enfants (sic) ». La rupture envisagée sur la filiation est plus profonde encore. Le projet « tend à promouvoir un droit à l’enfant qui fait passer celui-ci de sujet à objet de droit. Il conduit à nier la différence biologique entre les sexes (…) ».
Mais l’article 1 du projet de loi Hollande est une définition de mot relevant du magistère intellectuel de l’Académie française qui, contrairement à l’Académie des sciences morales et politiques – n’ayant qu’une voix consultative – est assimilée à une Cour souveraine dont le Président de la République assure d’ailleurs la fonction de « Chef et Protecteur » héritée de Richelieu. À l’image du pouvoir souverain des Cours supérieures sa souveraineté sur la langue est sans appel !
Saisine de l’Académie Française
Sauf à accepter d’être ridiculisé aux yeux du monde entier dans le principe même de sa devise « À l’immortalité » (de la langue française) par un Gouvernement ultra-minoritaire ; niant sa raison d’être de faire le dictionnaire et d’y donner la vraie définition des mots en prétendant lui imposer une fausse définition du mot mariage inverse de son sens immortel et universel ; niant sa vocation de défense de la langue commune du peuple contre tout empiètement partisan d’une tyrannie prétendant déposséder le Peuple de la définition commune et symbolique du mot immémorial la plus chargée de sens auquel il droit ; niant le principe même de sa souveraineté datant de Richelieu ; sauf à accepter de faire rétrograder la langue française et démissionner l’Académie française du 1er rang à celui d’un Institution discréditée dont le prestige de façade, non défendu les armes à la main, ne serait plus qu’une coquille vide de sens, ayant fait son temps, dénuée de toute légitimité et respectabilité ; sauf à se nier elle-même, l’Académie doit rejeter le dictat du Gouvernement !
C’est pourquoi, au nom de la vocation de l’Académie d’assurer l’immortalité de la langue française, de son devoir de fidélité à l’œuvre de son fondateur Richelieu et à sa Mission de Défense de la langue française ; au nom de son Pouvoir souverain en matière de langue ; au nom de l’Union Nationale des Écrivains de France (UNIEF) et de la Coordination Défense de Versailles (CDV) ; nous vous saisissons de notre demande de tout mettre en œuvre pour faire opposition à l’adoption de la fausse définition du « mariage » de l’art. 1 du projet de loi Hollande qui viole le principe même de clarté non contradictoire, d’universalité souveraine de la langue française, et la raison d’être de l’Académie aux yeux de tous !
Dans cette attente, et dans celle de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Madame le Secrétaire perpétuel, l’assurance de notre haute considération.
Pierre CHARIE-MARSAINES Arnaud-Aaron UPINSKY
Président d’honneur, Commandeur de la Légion d’Honneur Président
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[1] Site de l’Académie française.
Pendant ce temps, aux Pays-Bas...
Steun aan mensenrechtenverdedigers prioriteit voor Nederland
Nieuwsbericht | 25-02-2013
Nederland steunt mensenrechtenverdedigers en -organisaties in hun strijd voor respect voor de mensenrechten.
Minister Timmermans van Buitenlandse Zaken noemde dit als een van zijn prioriteiten in zijn toespraak voor de Mensenrechtenraad van de Verenigde Naties in Genève.
Timmermans: 'Mensenrechtenverdedigers en -organisaties worden in toenemende mate dwarsgezeten en gecriminaliseerd. De onderdrukking van burgers, bloggers en journalisten neemt toe in grote delen van de wereld. Dit is simpelweg onacceptabel.'
Vrouwenrechten
Tweede prioriteit voor Timmermans is vrouwenrechten. Nederland neemt stelling tegen elk geweld tegen vrouwen - van verkrachting tot eerwraak en mensensmokkel - en Nederland komt op voor seksuele en reproductieve rechten en participatie van vrouwen.
Timmermans: 'Mannen moeten minder egoïstische zijn en vrouwen meer rechten geven, omdat het de wereld vooruit helpt, en mannen daar ook van profiteren.'
Dezelfde sekse
Derde prioriteit zijn de rechten van lesbiennes, homo's, biseksuelen en transgenders (LHBT). In zo'n 80 landen zijn relaties tussen mensen van dezelfde sekse strafbaar. In 7 landen geldt zelfs de doodstraf. ‘We moeten 3 dingen doen: acceptatie bevorderen, discriminatie bestrijden en een eind maken aan criminalisatie van homo's.'
Hoge Commissaris
In Genève ontmoet Timmermans onder andere ook de Hoge Commissaris voor de Mensenrechten van de Verenigde Naties, mevrouw Pillay. Met haar bespreekt hij het tegengaan van discriminatie op grond van seksuele oriëntatie en genderidentiteit. Nederland behoort al jaren tot de grootste donoren van het kantoor van de Hoge Commissaris voor de Mensenrechten.
Na zijn gesprek met Pillay heeft Timmermans een ontmoeting met Ngo’s die actief zijn op het terrein van rechten voor lesbiennes, homo's, biseksuelen en transgenders.
Humanitaire noden
Timmermans spreekt ook met de president van het Internationale Rode Kruis over de humanitaire noden in Syrië en Mali, en met oud-secretaris-generaal Kofi Annan van de Verenigde Naties, over de komende parlementsverkiezingen in Kenia.
http://www.rijksoverheid.nl/regering/bewindspersonen/frans-timmermans/nieuws/2013/02/25/steun-aan-mensenrechtenverdedigers-prioriteit-voor-nederland.html
Nieuwsbericht | 25-02-2013
Nederland steunt mensenrechtenverdedigers en -organisaties in hun strijd voor respect voor de mensenrechten.
Minister Timmermans van Buitenlandse Zaken noemde dit als een van zijn prioriteiten in zijn toespraak voor de Mensenrechtenraad van de Verenigde Naties in Genève.
Timmermans: 'Mensenrechtenverdedigers en -organisaties worden in toenemende mate dwarsgezeten en gecriminaliseerd. De onderdrukking van burgers, bloggers en journalisten neemt toe in grote delen van de wereld. Dit is simpelweg onacceptabel.'
Vrouwenrechten
Tweede prioriteit voor Timmermans is vrouwenrechten. Nederland neemt stelling tegen elk geweld tegen vrouwen - van verkrachting tot eerwraak en mensensmokkel - en Nederland komt op voor seksuele en reproductieve rechten en participatie van vrouwen.
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Derde prioriteit zijn de rechten van lesbiennes, homo's, biseksuelen en transgenders (LHBT). In zo'n 80 landen zijn relaties tussen mensen van dezelfde sekse strafbaar. In 7 landen geldt zelfs de doodstraf. ‘We moeten 3 dingen doen: acceptatie bevorderen, discriminatie bestrijden en een eind maken aan criminalisatie van homo's.'
Hoge Commissaris
In Genève ontmoet Timmermans onder andere ook de Hoge Commissaris voor de Mensenrechten van de Verenigde Naties, mevrouw Pillay. Met haar bespreekt hij het tegengaan van discriminatie op grond van seksuele oriëntatie en genderidentiteit. Nederland behoort al jaren tot de grootste donoren van het kantoor van de Hoge Commissaris voor de Mensenrechten.
Na zijn gesprek met Pillay heeft Timmermans een ontmoeting met Ngo’s die actief zijn op het terrein van rechten voor lesbiennes, homo's, biseksuelen en transgenders.
Humanitaire noden
Timmermans spreekt ook met de president van het Internationale Rode Kruis over de humanitaire noden in Syrië en Mali, en met oud-secretaris-generaal Kofi Annan van de Verenigde Naties, over de komende parlementsverkiezingen in Kenia.
http://www.rijksoverheid.nl/regering/bewindspersonen/frans-timmermans/nieuws/2013/02/25/steun-aan-mensenrechtenverdedigers-prioriteit-voor-nederland.html
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