vrijdag 11 januari 2013

"Hollande et ses francs-maçons"...


Je reviens à l'interview consacrée à Régis Debray, parue dans le Point no 2103 du 3 janvier 2013, avec en couverture "Hollande et ses francs-maçons"...

A la page 77, je lis et je retranscris:

D'abord, la littérature n'est ni de droite ni de gauche, mais, à vous lire, elle est d'avant. L'âge littéraire inauguré par l'invention de l'imprimerie et la diffusion du savoir est-il révolu?

Ce n'est pas l'imprimerie qui a amorcé la révolution littéraire, mais l'apparition d'un auteur doté de droits moraux et patrimoniaux sur son oeuvre: à partir de la fin du XVIIIe, l'auteur n'est plus le domestique d'un prince ou l'obligé d'un libraire, il devient la conscience de la nation, l'arbitre du Juste et du Vrai. C'est Hugo sur son rocher de Guernesey. Curieusement on retrouve cette figure du grand écrivain comme sorcier de la tribu dans l'Amérique latine des années 60. Garcia Marquez aurait pu être président de la République [...]

Donc , le grand écrivain est mort?

Dans l'ordre littéraire, certainement pas. Dans l'ordre social, oui. Ce n'est plus une menace pour le pouvoir. c'est au mieux une petite célébrité de la jet-set, une image pour Paris Match, au même niveau que le politicien, le financier, le saltimbanque ou le voyou.

[...]

Dire adieu au monde qui meurt, c'est aussi accueillir le monde qui vient. L'invention du numérique et le triomphe de la vidéosphère changent-ils, au-delà de la notion d'oeuvre ou d'auteur, l'esprit humain lui-même?

L'esprit humain en a vu d'autres, mais nos pratiques de lecture ont changé, oui. On n'a jamais autant lu et autant écrit qu'aujourd'hui. Mais ce n'est plus la même lecture et ce n'est plus le même lecteur. C'est une lecture sporadique, erratique, éclatée, qui relève du picorage, une formidable réduction de notre temps d'attention. Aujourd'hui, la lecture des "Misérables" dans le texte intégral est un exploit physiologique.

Dans ce cas, pourquoi vous moquer de ceux qui demandent à quoi sert la littérature? Elle a fait de vous ce que vous êtes, ce n'est pas rien!

A quoi sert la littérature? Mais justement, à rien, et c'est ce qu'elle a de plus utile. Ce rien-là, c'est l'humain. A quoi sert un frisson? Une émotion? Un plaisir? A quoi sert Bach? Bien sûr, à RELIER LE PRÉSENT AU PASSÉ (je souligne), à aiguiser le fil du rasoir, à s'imbiber des gens morts avant nous. Je ne me pose pas la question du pouvoir de la littérature. Un intellectuel veut peser par sa pensée, il a un projet d'influence. Il est branché sur son époque, a besoin de médias. Pas l'écrivain. Il est ailleurs. Il est là pour compliquer le jeu.

Régis Debray, "Modernes catacombes. Hommage à la France littéraire"(Gallimard, 304p).


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