zondag 20 januari 2013

Philippe Van Parijs...


« Nous avons besoin de vision à long terme, la démocratie peine à le faire »

MOUTON,OLIVIER

Page 13

Mardi 18 décembre 2012

Le philosophe Philippe Van Parijs a contribué à la réflexion préparatoire à notre « Journal du futur ». Il balise un monde moins sombre. La clé, dit-il : retrouver une identité collective !

entretien

Dans notre « journal du futur », nous inventons un monde assez sombre où les entreprises conglomérées ont pris le pouvoir de façon très agressive. Le réchauffement climatique et la surpopulation font des dégâts. Faut-il craindre un tel horizon pour 2137 ?

Ma réponse est : oui, il y a des raisons d’être préoccupés pour le futur. Mais cela ne signifie pas pour autant que ce que l’on craint va se réaliser. Tout le défi, c’est de bien extrapoler certaines tendances pour voir la nature et l’ampleur du danger dans toutes ses dimensions. C’est pour cela que nous avons besoin de telles spéculations relevant tant des sciences physiques que des sciences humaines, parfois proches de la science-fiction.

Quels sont les principaux dangers tels qu’on peut déjà les anticiper ?

Le défi le plus massif vient de la conjonction de la croissance démographique et de l’augmentation de la puissance de nos technologies, à la fois dans l’impact qu’elles ont et de ce dont elles ont besoin pour se nourrir. Oui, si on le formule de la façon la plus extrême, cela fait peser une menace sur la survie même de l’humanité. Mais avant d’en arriver là, cela entraînera une intensification des conflits pour les ressources et pour l’espace entre les populations diverses qui habitent la terre. Comment résoudre le problème ? En se parlant, en argumentant, en décidant ensemble avec une vision d’avenir.

Visiblement, on n’y arrive pas…

Nous manquons aujourd’hui d’une réelle prise en compte du long terme. Nos responsables politiques sont obsédés par la prochaine élection. Prendre des mesures impopulaires qui n’ont d’effets qu’à long terme, c’est quelque chose que l’on ne peut pas se permettre. Les acteurs du monde économique sont eux encore plus rivés sur le court terme. Les patrons et les entreprises ne pensent qu’à rendre les scores trimestriels aussi positifs que possible pour que l’action de l’entreprise ne baisse pas. Les syndicats, pour leur part, songent avant tout à la protection des travailleurs qui ont actuellement un emploi. Avec une absence relative de prise en compte du futur.

C’est le repli sur soi ?

Tout cela est lié à l’individualisme. Si ce qui compte pour chacun d’entre nous, c’est seulement notre bien être privé plutôt que celui d’une communauté intergénérationnelle, on restera fatalement dans cette réflexion à court terme. Pour créer une perspective de long terme, on a besoin d’une forme d’identification à une identité qui nous survivra.

Ni le capitalisme ni la démocratie ne fournissent la clé de la prise en compte du long terme.

Ce constat pourrait mener à des conclusions préoccupantes…

Le philosophe Hans Jonas, auteur du Principe responsabilité mettant l’accent sur le sort des générations futures et la survie de l’humanité, était très vague quant au dispositif politique à mettre en place. Au détour d’une interview, il suggérait des restrictions à la démocratie.

Ce n’est pas votre discours ?

Non, l’humanité continuera à vivre et mourra peut-être avec une combinaison de démocratie et d’économie de marché. L’important, c’est que la démocratie encadre le marché. Je suis convaincu aussi que nous avons besoin d’identification avec des entités collectives qui nous survivront. Au fond, nous avons besoin d’une forme de patriotisme pour restaurer la préoccupation pour le long terme. Cela vaut du niveau le plus local, en faisant un pique-nique dans la rue, mais aussi au niveau de l’Union européenne. Ce patriotisme n’est pas un attachement à la terre de nos ancêtres, il doit être partagé par toutes les personnes qui vivent aujourd’hui sur cette terre. C’est l’attachement à un lieu dans lequel nous serons fiers que nos enfants puissent vivre.

Mais le mal-être est grand à l’égard de ces identités collectives, non ?

Le grand défi, c’est de rendre compte d’une mobilité qui ne va pas diminuer au fil du temps et la reconstitution permanente de communautés transgénérationnelles. La difficulté c’est que l’on doit apprendre à décider à d’autres niveaux qu’à celui d’un Etat nation homogène.

Le monde avec l’OMCFE dominé par le Guide éclairé Ming Jong Bal n’est pas pour demain ?

C’est en étant conscient d’un tel risque que nous l’éviterons. Il doit nous aider à nous mobiliser.

Philippe Van Parijs, Docteur en philosophie de l’université d’Oxford et docteur en sociologie de l’UCL,

Docteur en philosophie de l’université d’Oxford et docteur en sociologie de l’UCL, Philippe Van Parijs a étudié l’économie politique, le droit et la linguistique. C’est dire combien sa vision de la société est large. Citoyen, il se préoccupe autant de l’avenir de son quartier que de la pérennité de la Région bruxelloise ou des négociations mondiales sur le commerce ou le réchauffement climatique. Il a participé à notre table ronde préalable au « Journal du futur ».

http://archives.lesoir.be/%AB-nous-avons-besoin-de-vision-a-long-terme-la_t-20121218-027EZL.html?query=olivier+mouton&queryand=olivier+mouton+van+parijs&queryor=olivier+mouton&firstHit=0&by=10&when=-1&sort=datedesc&pos=0&all=11&nav=1


Merci au commentateur de chez Jacques Attali... Et cet autre internaute de répondre:

Article très intéressant et magnifique introduction ; Bravo
-
On retrouve cette préoccupation en filigrane des diverses interventions sur ce blog ; peut être que des historiens du futur liront ces archives « populaires » pour comprendre notre époque, et les dysfonctionnements de nos démocraties ?

Nous sommes au chapitre tisser notre toile... Étoile...


Geen opmerkingen:

Een reactie posten