woensdag 19 februari 2014

On m'a refait parvenir cet article du Monde, c'est sur l'Europe solidaire et des valeurs...

Quelle identité européenne ?

Le Monde - 01.02.2014 -
Par Nicolas Truong

Paradoxe flagrant : l'Europe fait bâiller d'ennui un nombre croissant de citoyens français qui l'accusent de tous les maux. Et, dans le même temps, elle fait rêver les Ukrainiens insurgés de la place Maïdan, qui souhaitent pleinement l'intégrer. Il faut dire que l'Europe se confond trop souvent avec sa bureaucratie. Et cette impression n'est pas uniquement imputable aux « populismes » antieuropéens qui risquent de colorer les prochaines élections européennes du 25 mai

Car ce sont aujourd'hui les plus grands esprits du Vieux Continent qui ne cessent d'alerter leurs contemporains sur le risque de basculement de l'Europe dans la « post-démocratie ». L'essayiste et poète allemand Hans Magnus Enzensberger explique que l'Europe a été mise sous tutelle par la puissante Commission européenne, institution non élue qui exerce selon lui un « déni de démocratie ». Le philosophe Jürgen Habermas craint que les dirigeants européens ne transforment l'idéal des pères fondateurs en son contraire, à savoir en une Europe qui passerait de « la première communauté supranationale démocratiquement légalisée » à « l'organe d'une domination post-démocratique ».

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Les oligarques européens n'ont sans doute pas mesuré l'ombre portée de tous ces référendums aux résultats contournés, le dépit ou le mécontentement de ces citoyens qui, au moment de la campagne pour le traité constitutionnel notamment, avaient exprimé leur réprobation et dont on contesta la souveraineté.

L'impression que la technocratie européenne bafoue les démocraties nationales gagne du terrain. Partout grandit même l'idée que l'euro plombe l'Europe. L'anthropologue Emmanuel Todd et l'économiste Jacques Sapir sont à présent rejoints par des européistes, tels François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique, qui dans La Fin du rêve européen (Stock, 2013) propose à présent « d'abandonner l'euro ». Hier bâtie sur les ruines de la seconde guerre mondiale et le « Plus jamais ça ! », l'Europe peine à fédérer autour d'un nouveau projet. L'Europe économique ne croît pas et l'Europe politique n'y croit plus.

Malaise dans l'identitéau sein d'un espace européen qui n'arrive guère à fabriquer du commun. D'où l'idée d'inviter à débattre Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut, dont les conceptions de l'Europe diffèrent presque en tous points.

Lire le face-à-face : Europe : ce qui oppose Daniel Cohn-Bendit et Alain Finkielkraut

Le premier, député européen et coprésident du groupe des Verts/Alliance libre européenne, est un fédéraliste résolu. Comme le sociologue Ulrich Beck qui ne cesse d'inspirer son action, Daniel Cohn-Bendit considère qu'il est temps de dépasser l'Etat-nation afin d'adapter l'Europe aux défis de la mondialisation. Avec Guy Verhofstadt, président du groupe de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe au Parlement européen, il a rédigé un manifeste qui enjoint à l'Europe de « se défaire du nombrilisme de ses Etats-nations » (Debout l'Europe !, Actes Sud et André Versaille éditeur, 2012). Car « Etre européen est notre nom de famille. Notre nationalité est notre prénom ».

Le second, inspiré par l'écrivain Milan Kundera et les intellectuels de « l'autre Europe », prit véritablement conscience de son identité européenne auprès des dissidents des petites nations de la Mitteleuropa qui résistaient au joug de l'Union soviétique. Alain Finkielkraut dirigea Le Messager européen, de 1987 à 1996, une revue destinée à renouer le fil d'une « communauté européenne au sens premier d'une république des esprits », afin de réveiller un Vieux Continent en proie à « l'industrie de la distraction ».

Tous deux ont en commun le combat antitotalitaire européen. Alain Finkielkraut publia de nombreux dissidents dans sa revue. Daniel Cohn-Bendit préfaça notamment L'Antipolitique (1982), de l'écrivain hongrois György Konràd, livre-phare de la dissidence. Le débat s'est tenu avant les manifestations en Ukraine. Depuis, leur soutien aux opposants reste sans faille. « Les manifestations des opposants ukrainiens prouvent qu'il y a une projection identitaire sur l'Europe, et c'est une bonne nouvelle », affirme Daniel Cohn-Bendit. « A Kiev, les Ukrainiens ont lié dans une même revendication leur projet européen et leur apport à la civilisation européenne », poursuit Alain Finkielkraut.

Les désaccords n'en demeurent pas moins nombreux. Libéral-libertaire assumé, Daniel Cohn-Bendit défend une identité européenne post-nationale alors que la nation reste un cadre et un horizon indépassables chez Alain Finkielkraut : « Pour contrer toute tentation de repli identitaire, il faut que l'Europe ait le courage d'avoir sa propre identité », explique-t-il.

Le rapport aux institutions divise également. Mais c'est sur l'immigration que culminent les points de friction. L'auteur de L'Identité malheureuse (Stock, 2013) n'hésite pas à poser la question de la pertinence du regroupement familial et de la nécessité de la maîtrise des flux migratoires pour défendre une identité européenne qu'il juge menacée, alors que Daniel Cohn-Bendit « refuse d'entrer dans l'espace des phobies » au nom du cosmopolitisme, valeur cardinale de son Europe post-nationale.

« Le plus grand péril qui menace l'Europe, c'est la lassitude », écrivait le philosophe Edmund Husserl dans La Crise de l'humanité européenne et la philosophie (1935). Ce n'est sans doute pas ce qui menace ces deux irréconciliables mais indéfectibles européens.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/02/01/quelle-identite-europeenne_4358327_3232.html

En remerciant la personne qui m'a contactée et remise sur la piste. Le bonjour dans la Drôme, l'âne y a des connexions, et des origines non loin de là... aussi.

Voir: Fondamentaux d'une Europe Solidaire et relire le billet du 3/2/2014: "On travaille à l'Europe des valeurs".

P.s: l'âne a eu l'occasion de rencontrer Nicolas Truong en Real Life au Festival d'Avignon l'été passé. Un échange sympathique en somme. Nécessaire aussi. Quand les blogueurs se font entendre... Car un blogueur peut discuter.

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