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Écoutons Morus, homme d’État, humaniste et chrétien, qui n’a rien d’un nihiliste après avoir critiqué les mauvaises moeurs sociales, l’obscurantisme, la cruauté des lois, dénoncer la permanente conspiration des riches et des puissants contre les petits et les pauvres.
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Le parallélisme est frappant entre ces idées et celles qu’Érasme exprimait la même année dans son Institutio Principis Christiani.
En l’Anglais sir Thomas comme en Érasme de Rotterdam, il faut voir les champions de la morale chrétienne et « humaine » appliquée même dans ce domaine politique d’où l’Italien Machiavel, précisément à la même époque7, s’efforçait de la chasser. Le Prince chrétien et l’Utopie répliquent sans le connaître au Prince tout court du grand Florentin. Il s’agit de la civilisation tout entière. De même que Morus et son ami restent fidèles (et l’un jusqu’au martyre) à l’idéal universaliste de la Chrétienté (qui est aussi « l’Humanité ») contre les nationalismes naissants, de même ils tiennent pour la transcendance de la morale, et la loi suprême ne leur paraît pas être l’intérêt du prince. Comme Platon dont il s’est tant inspiré, sir Thomas pense (et c’est là l’idée fondamentale de la République) que le bonheur de l’État comme celui des individus est lié à la justice. De même, Érasme écrit à François Ier que les princes doivent « en leurs conseils prendre comme règle suprême la loi évangélique », ce qui est le leitmotiv du premier livre de l’Utopie8.
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Émile DERMENGHEM.
Paru en 1926 dans Le Roseau d’or
note 7: Machiavel écrit le Prince en 1514, montre le manuscrit à Laurent de Médicis en 1518, le publie en 1531. Morus publie l’Utopie à la fin de 1516, et Érasme le Prince chrétien au début de cette année.
in: http://www.biblisem.net/etudes/dermeras.htm
Un lecteur est passé (un billet du 26 mars 2013), ce blog le reprend et le remercie.
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