vrijdag 5 april 2013

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Jeudi 28 mars

Pourquoi les femmes ne prennent pas le pouvoir

La directrice générale de Facebook, Sheryl Sandberg, vient de publier un livre qui fait grand bruit aux États-Unis. Dans Lean In : Women, Work, and the Will to Lead (1), elle retrace son parcours et met en évidence les raisons pour lesquelles les femmes peinent à parvenir au sommet des entreprises ou des organisations dans lesquelles elles travaillent.

Sheryl Sandberg est ce que les Américains appellent an overachiever : au prix d’efforts acharnés, elle a réalisé dès son plus jeune âge des performances supérieures à ce qui aurait pu être attendu d’elle. Alors qu’elle était étudiante de premier cycle à Harvard, elle fut repérée par Larry Summers qui y était professeur. Nommé économiste en chef de la Banque mondiale en 1991, Summers l’appela à ses côtés à Washington : elle devint son assistante de recherche et collabora à différents projets destinés à faire reculer la lèpre, le sida et la cécité en Inde. Entrée en 1993 à la Harvard Business School, elle obtint son MBA deux ans plus tard. Elle travailla brièvement pour le cabinet de conseil en stratégie McKinsey & Company avant de devenir chef de cabinet de Larry Summers, nommé Secrétaire au Trésor par Bill Clinton. Après l’élection de George W. Bush, Sheryl Sandberg rejoignit le secteur privé. D’abord chargée chez Google de la direction des ventes et des opérations en ligne, elle fut recrutée en 2008 par le fondateur de Facebook, Mark Zuckerberg, qui cherchait alors un directeur général. Sa première mission consista à transformer Facebook en une entreprise rentable : cet objectif fut atteint en 2010.

Sheryl Sandberg reconnaît volontiers qu’elle n’aurait pas fait une telle carrière si Larry Summers ne l’avait pas prise sous son aile alors qu’elle avait à peine plus de 20 ans. Arrivée au sommet, elle a constaté qu’on y trouvait toujours fort peu de femmes. En 2003, le pourcentage de femmes à la tête des 500 plus grandes entreprises américaines était de 1,4%. Dix ans plus tard, il n’était que de 4,2%. L’auteur de Lean In a cherché à comprendre pourquoi les femmes, qui représentent désormais 49% de la population active américaine, sont si nombreuses à stagner au bas de la hiérarchie. Ce qu’elle a découvert n’étonnera pas celles et ceux qui ont lu les travaux de Lois P. Frankel : selon l’auteur de Nice Girls Don't Get the Corner Office et de Nice Girls Just Don’t Get It, les femmes ne sont pas préparées, culturellement et socialement, à s’imposer dans un environnement professionnel. Très tôt dans leur carrière, souvent même avant d’avoir achevé leurs études, elles font un pas en arrière : elles s’orientent vers des métiers ou des postes moins exigeants pour, disent-elles, pouvoir concilier vie professionnelle et vie de famille. Plus profondément, elles répugnent à assumer les désagréments associés à une position de pouvoir. Un homme de pouvoir est admiré, voire aimé ; une femme de pouvoir, note l’auteur de Lean In, est jugée autoritaire et n’inspire pas la sympathie. Ce « formatage » commence très tôt : tandis que les adultes trouvent normal que les petits garçons affirment leur volonté, ils reprochent facilement aux petites filles d’être « bossy ».

Sheryl Sandberg encourage les femmes à faire tomber les « barrières internes » qui leur interdisent de tirer le meilleur parti de leurs talents et de leurs efforts. Lorsque davantage de femmes auront accédé à des positions de pouvoir et auront eu la possibilité de faire évoluer le fonctionnement des entreprises, il sera plus facile pour les générations suivantes de s’y frayer un chemin. Elle répond ainsi à l’article publié en juillet 2012 par Anne-Marie Slaughter dans The Atlantic sous le titre « Pourquoi les femmes ne peuvent toujours pas tout avoir » (2). Professeur de relations internationales à Princeton, Anne-Marie Slaughter avait été appelée en janvier 2009 par Hillary Clinton à prendre la direction du centre de prospective du département d’État. Première femme à occuper cette fonction prestigieuse, Anne-Marie Slaughter choisit deux ans plus tard de retourner à Princeton : elle estimait qu’elle ne pouvait plus s’occuper correctement de ses enfants adolescents en exerçant une charge aussi lourde. Cette brillante universitaire plaide pour que la société fasse évoluer ses structures économiques de manière à rendre plus compatibles vie de famille et carrière professionnelle. Pour Sheryl Sandberg au contraire, c’est aux femmes elles-mêmes qu’il revient de faire évoluer le système de l’intérieur.

Intense aux États-Unis, le débat ouvert par Sandberg et Slaughter est infiniment plus discret en France. Mais si les jeunes femmes d’aujourd’hui veulent éviter de se réveiller à quarante ans avec la gueule de bois, il est temps pour elle de s’en emparer.


(1) La traduction française de Lean In paraîtra en mai prochain aux éditions Jean-Claude Lattès sous le titre En avant toutes : les femmes, le travail et le pouvoir.

(2) Cet article est accessible à l’adresse suivante : http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2012/07/why-women-still-cant-have-it-all/309020/

Annick STETA (asteta@hotmail.fr)

http://www.revuedesdeuxmondes.fr/news/chronic.php?code=109

Est-ce que le pouvoir intéresse? Ce qui est intéressant, c'est plutôt de se faire (un peu) entendre et de dialoguer, discuter. Échange de perspectives... Des thèmes importants: la complémentarité, le principe de subsidiarité et la notion de care ou de l'attention et du soin portés à l'autre... La notion de DON évidemment aussi. Qu'en pensent nos faiseurs et faiseuses d'opinion? Que pensent-ils des femmes qui se mêlent (un peu) de leurs affaires et qui les surveille (un peu)?... Il y a les faiseuses d'histoire aussi: que font les femmes à la pensée? (Isabelle Spenglers). Que peuvent faire les femmes à la pensée à l'heure des nouvelles technologies?


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