dinsdag 6 oktober 2015

Sur la bonne gouvernance de l'Internet... ayant participé en REAL... C'était à Strasbourg avec madame Peugeot...

Le droit d’eXpression réinvesti

par Valérie Peugeot

Il y a 11 ans, Transversales Science Culture s’élevait contre une approche techniciste et presse-bouton de la démocratie, dont les époux Toffler s’étaient fait les hérauts. Dix ans plus tard, l’état démocratique de l’Europe nous confirme dans cette position. Alors que l’Union européenne investit massivement dans la e-administration et les essais de vote électronique et/où en ligne, elle a, au moment du referendum, négligé l’essentiel : le processus démocratique.

En démocratie, le temps du vote est bien entendu structurant, mais moins que son amont, le débat démocratique. Le temps de l’expression des différences, du décryptage des options, de la construction d’une opinion étayée, du passage de l’impulsion et de l’émotion au véritable choix politique est déterminant. S’il n’est pas précédé d’un débat démocratique de qualité, le vote s’apparente plus à un abandon qu’à une délégation de pouvoir.

Ce qui importait, pour que les citoyens européens s’approprient enfin véritablement le projet européen, n’était pas tant la constitution elle-même et son approbation ou rejet en aval, que le processus constituant en amont. Seul un processus constituant authentique, porté par une Assemblée constituante élue spécifiquement pour cette tâche, au terme d’une campagne et donc d’un débat menés au plus près des citoyens, aurait pu garantir cette qualité démocratique.

Contrastant avec ce rendez-vous démocratique raté, les multiples cyberespaces d’échanges marquent la fin d’un droit de parole accordé. Les individus n’attendent plus qu’on leur concède un temps référendaire ou une tribune occasionnelle dans les médias pour s’exprimer, débattre, penser. Ils prennent d’assaut l’espace public, par le foisonnement de leurs blogs, sites collaboratifs, podcasts et autres formes d’expression individuelle ou collective. Dans sa grande majorité, ce nouvel élan ne se pense ni ne se veut de nature politique. Mais par sa simple existence, il brise le monopole de la parole instituée et donne au citoyen une parcelle du pouvoir que le modèle démocratique délégataire par nature ne peut lui concéder. De la même manière que les formes de liens sociaux qui se nouent dans le cyberespace ne se substituent pas aux rencontres humaines « en présentiel » mais interagissent avec elles, l’espace public d’expression vient s’articuler avec la démocratie représentative en la vivifiant.

Reste aujourd’hui à travailler autour de la question clé : que faire de ce droit d’expression réinvesti ? Comment passer de l’expression à l’action, comment mobiliser cet élan au service de mouvements transformateurs ? Il ne s’agit pas d’instrumentaliser ces nouvelles formes d’expression publique - bonne chance à ceux qui s’y essaieraient ! - mais d’ouvrir des chemins qui permettent à ceux qui le souhaitent d’aller plus loin. Ces nouvelles formes d’action doivent associer ceux qui ne peuvent ou ne veulent participer à l’espace public immatériel, afin d’éviter que deux narrations du monde ne se construisent en parallèle. Tou en encourageant et accompagnant ces mouvements, il faut éviter que ne se mette en place une nouvelle technocratie "de classe" portée par celles et ceux qui sont les plus avancés dans l’utilisation des technologies informationnelles.

Les citoyens qui s’expriment dans le cyberespace développent un regard au monde et une relation aux autres inédits : on ne rédige pas un blog, on n’anime pas un site collectif, comme on mène une discussion entre copains au café du coin. Gageons que la construction de la blogosphère constitue pour partie une sorte de mouvement d’auto-éducation populaire, condition sine qua non à la prise de responsabilité.

http://grit-transversales.org/article.php3?id_article=93

La blogosphère est-elle un espace public comme les autres ?

26 avril 2006

par Dominique Cardon

Sans doute faut-il se méfier de l’engouement actuel pour l’Internet politique. Après l’avoir souvent ignoré, beaucoup, sans plus de mesure, lui prête aujourd’hui des vertus qui risquent fort d’être illusoires. Dans un mouvement de balancier caractéristique des périodes de transition technologique, un nouveau média se voit brusquement doté de pouvoirs exorbitants susceptibles de lever les difficultés du présent : l’abstention, l’anémie du débat public, la faiblesse des engagements partisans, l’investissement sélectif dans la participation citoyenne, l’illisibilité de la décision publique, etc. Il est vrai que la mobilisation électronique autour du « non » au référendum sur la constitution européenne, l’usage intensif du Web par les militants altermondialistes ou les balbutiements de pratiques politiques numériques (blogs, mailing, adhésion en ligne, etc.) témoignent d’une insertion de plus en plus significative des médias électroniques dans la formation de l’espace public. Mais il va aussi sans dire que la « crise de la représentation » a des racines suffisamment profondes pour qu’il soit bien improbable qu’un nouvel outil de communication apporte, à lui seul, une solution aux difficultés de notre système de représentation. Le propre du débat sur le rôle des nouvelles technologies dans l’espace public est de présenter des oppositions, des concurrences et des effets de substitution quand ce sont plutôt les interdépendances, les entrelacements et les complémentarités qu’il faudrait mettre en avant. A cet égard, il est peu probable que l’Internet citoyen vienne supplanter les formes traditionnelles du débat démocratique, structuré par les rituels électoraux (élections, référendums), les logiques d’opinion (mesurées par sondages) ou l’organisation « professionnelle » d’une couverture médiatique du débat public. Les dispositifs de la « démocratie représentative » sont suffisamment installés aujourd’hui pour qu’il soit difficile de remettre en cause leur légitimité.

Ces réserves faites, il reste que les mobilisations ayant Internet pour support entretiennent une étroite correspondance avec les idéaux de démocratie directe. En effet, le fonctionnement, plus que la légitimité, de la démocratie représentative fait l’objet de critiques de plus en plus vives, qui préexistent très largement à la naissance de l’Internet citoyen. Mais une des caractéristiques de ces critiques réside dans le fait qu’elles revendiquent une transformation des processus attachés à la représentation politique : participation élargie aux profanes, enrichissement délibératif des débats, proximité avec les élus, transparence, ouverture du cercle de la décision, auto-organisation des acteurs de la société civile, etc. Or, l’imaginaire d’Internet contribue à revivifier et réactiver ces idéaux de démocratie directe, en les opposant à la grammaire représentative et délégataire de nos démocraties. Car à bien y regarder, les formes de représentation qui s’exercent au sein de l’ « Internet citoyen » sont très différentes de celles qui président à la démocratie représentative. La question de la représentativité des opinions n’a pas de sens sur Internet et il serait bien difficile de proposer des fondements numériques, géographiques ou sociaux à la mesure de telle ou telle prise de position. La question du vote est absente des pratiques des internautes, qui lui préfèrent généralement la formation de consensus. La séparation entre amateurs et professionnels, profanes et spécialistes, représentés et représentants, est fortement estompée dans la plupart des dispositifs d’expression sur Internet. La réputation et la notoriété sur Internet se construisent sur la base de l’audience et sont mesurés par l’ensemble des réseaux de contributeurs, commentateurs, évaluateurs et diffuseurs, qui se greffent à tel ou tel site, de sorte que la notoriété n’est jamais donnée (par un statut) mais acquise par un travail de conviction et d’intéressement. Enfin, l’Internet ne connaît pas les silencieux. Pour y être présent et reconnu, bref légitime, il faut agir, contribuer, écrire, recommander, répondre. L’espace public de l’Internet offre toujours une prime aux agissants sur les internautes passifs. D’où le risque de voir les écarts entre citoyenneté active et passive se creuser. Ces différentes caractéristiques de la participation sur Internet renvoient à un autre paradigme de la représentation politique, que l’on peut assimiler à la forme réseau et qui s’ancre sur l’idée d’une mobilisation volontaire de la société civile, moins préoccupée de représentativité que de convaincre de la justesse des arguments et des causes défendues. L’espace public traditionnel se trouve ainsi soumis à une tension critique exercée par le foisonnement de débats, des initiatives et des propos qui se sont construits, développés et diffusés dans l’Internet citoyen.

Cet enrichissement se manifeste notamment par l’élargissement du cercle des preneurs de parole, que permet Internet. Même si ce déplacement ne doit pas être surestimé, une ouverture nouvelle à l’expression publique d’acteurs non professionnels se réalise néanmoins à travers les sites d’auto-publication, les médias alternatifs et le développement d’une « blogosphère » journalistique et politique. Ceux-ci exercent un effet critique sur l’espace public traditionnel et mettent en tension au moins trois aspects des formats informationnels : l’affirmation subjective, le renforcement de l’expertise et la contrainte argumentative.

En premier lieu, on observe une part plus grande de subjectivité et d’expressivité dans les formats médiatiques : énonciation en première personne, investissement d’affects, vivacité des échanges et (parfois) des arguments. La composante numérique de l’espace public médiatique s’ouvre à de nouvelles formes d’échanges et « déformalise », dans une certaine mesure et dans des arènes spécifiques, le débat public. Il n’est qu’à observer le ton « personnel » emprunté par les quelques hommes politiques qui ont entrepris de tenir eux-mêmes un blog ou la différence entre les propos tenus par les journalistes dans leur blog et dans leurs articles. En second lieu, l’Internet a ouvert un espace pour des formes d’expertises publiques portées par des individus ou des collectifs de tous ordres. De sorte que, en contrepoint du renforcement de la subjectivité personnelle, l’espace public de l’Internet apporte aussi plus de factualité, d’informations et de vérifications. Une des particularités de la production proliférante d’informations sur les médias personnels de l’Internet est le principe d’auto-régulation collective qui l’organise. C’est en effet un nouveau modèle éditorial qui se fait jour, dans lequel le contrôle de la qualité de l’information n’est pas réalisé a priori par un système de sélection éditorial pyramidal et certifié mais par un contrôle a posteriori dans lequel la qualité des informations est principalement une conséquence du travail des lecteurs. En dernier lieu, ces espaces d’expression publique ouvrent aussi de nouveaux formats de discussion. Parce que l’information publiée est aussi, et surtout, une information commentée, la sphère publique de l’Internet permet un travail collectif de mise en débat d’argumentation, comme lors du débat sur le référendum portant sur le projet de constitution européenne.

http://grit-transversales.org/dossier_article.php3?id_article=100

P.s: Que fait la blogosphère? Et quelle Transformation génère-t-elle? Comment comprendre les postmodernes et leur créativité? Ils bricolent, ils collent, ils pensent quand même, la machine les aide aussi, ils font dans l'inter-teXtualité, ils remettent en question, ils posent des questions qui dérangent parfois, ils écrivent, ils aiment les lettres, ils vous demandent ce que vous pensez de tout ça. Vos commentaires sont les bienvenus. Est-ce que madame Peugeot et monsieur Cardon lisent la blogosphère? Le bonjour au passage à monsieur Jean-Paul Karsenti. C'est par lui qu'on est arrivé ici. En plus, on l'a rencontré en REAL. A Paris. L'histoire est amusante.

"Journalisme professionnel et journalisme citoyen : à la recherche d’une coeXistence" in: http://grit-transversales.org/dossier_article.php3?id_article=103... Quel nouveau modèle économique? Et comment les bénévoles gagnent-ils un peu de sous?

P.s: Où sont les copains qui papotent sur le WWW?

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