maandag 4 februari 2013
Qui sommes-nous? ...
Identités nationales et stéréotypes nationaux
Introspections identitaires, entre estime de soi et regard de l’autre...
lundi 23 juillet 2012, par Ronan Blaise
Auteurs
Ronan Blaise
Ancien Rédacteur en chef du Taurillon, ancien membre du bureau national et des « Jeunes Européens Rouen », Membre du Comité dé rédaction de Fédéchoses
Mots-clés
Allemagne
Pologne
Histoire
Toutes les nations s’interrogent tôt ou tard sur leur identité, sur leur spécificité, sur leur raison d’être et sur leur avenir.
« Qui sommes nous ? D’où venons nous ? Où allons nous ? »
Un débat qui à repris de la vigueur - ces dernières années, en Europe - par la faute, notamment, des phénomènes simultannés et concomitants de mondialisation économique globale et d’intégration politique continentale.
Car derrière ce débat sur l’originalité culturelle, la nature profonde et la mission historique de la Nation, s’en profile un autre :
« Quelle est donc sa place en Europe et dans le monde ? »
L’Homme de Similaun, ’’Homo tyrolensis’’ ou ’’Homo européanus’’ ?
Il y a environ cinq mille trois cent ans, dans le massif de l’Ötztal, dans l’actuel Tyrol (à 3200 m d’altitude, entre Autriche et Italie…), un homme partit à la chasse (à moins qu’il ne s’agisse là d’un chaman, en voyage, comme semble l’attester ses tatouages…). Il était revêtu de peaux de bêtes, chaussé de souliers de cuir bourrés d’herbes pour marcher dans la neige abondante et sur la glace. Sur son épaule, il portait un arc très long, un carquois de bois avec quatorze flèches (dont deux empennées…) et une hache fixée à son manche par des lanières de cuir. Il réussit à tuer un bouquetin dont il dévora la chair saignante…
A la suite de quoi il voulut redescendre vers la vallée. Mais le froid sans doute le surprit et provoqua sa mort (à moins qu’il ne fut assassiné par quelques uns de ses contemporains, comme l’attestent de nombreuses traces de blessures et autres fractures ainsi qu’une pointe de flêche fichée en plein poumon…). En tout cas, son corps tomba alors sur le glacier, qui l’engloutit sous des tonnes de glace.
Telle semble alors avoir été la triste fin de cet homme des glaces connu en France sous le nom d’ « Ötzi » ou l’« Homme de Similaun », ancêtre le plus anciennement connu des populations indigènes de l’arc alpin [1]. Son corps, enlevé des glaces, fut retrouvé presque intact au pied du glacier, le 19 septembre 1991 par deux randonneurs, Erika et Helmut Simon. Ceux-là, croyant avoir affaire au corps d’un alpiniste mort de froid il y a peu, alertent alors la gendarmerie autrichienne. Les aventures d’ « Ötzi » ne faisaient en fait là que commencer…
En effet, à peine sauvé des glaces qui le retenaient depuis si longtemps, « Ötzi » allait être là l’objet d’une ardente polémique aussi anachronique que surréaliste : « Etait-il de nationalité italienne ou autrichienne ? En effet, depuis 1919 (et le Traité de Saint-Germain), son territoire de chasse avait été divisé entre les deux pays. Cela dit, il s’était donc rendu coupable, toute sa trop courte vie, du délit de franchissement illégal d’une frontière.
Or, venant d’Autriche, son corps avait été trouvé à une centaine de mètres à peine de là : en territoire italien. Et cela changeait tout. Mais, comme la gendarmerie autrichienne fut la première sur les lieux, « Ötzi » fut emporté à Innsbruck où l’université locale en prit possession. Cependant, sur plainte officielle de l’Italie (bigre…), la nationalité italienne lui fut néanmoins accordée. Mais par un sage compromis, avant de le transférer à Bozen-Bolzano (au Musée du Haut-Adige ; i. e : du côté italien) on lui permit néanmoins de rester à Innsbruck pour une durée de trois ans. Trois années durant lesquelles « Ötzi » fut observé sous toutes les coutures par les plus éminents spécialistes préhistoriens et anthropologues qui soient.
Quelque que soit l’identité de notre héros (1.60 m pour 45 kg, environ 45 ans), l’aventure d’ « Ötzi » résume assez bien le destin de l’homme européen : pauvre hère au signalement incertain et au destin individuel d’autant plus compliqué qu’il est également écartelé et déchiré par les nations : ’’mères’’ décidément trop possessives et en fait bien peu soucieuses du bien-être de l’individu. Bref : un destin bien incertain malgré les éventuelles falsifications anachroniques des histoires nationales exclusives…
Qui sommes- nous ? A quoi servons-nous ?
Toutes les nations s’interrogent sur leur identité, sur leur raison d’être et sur leur avenir. Qui sommes nous ? D’où venons nous ? Où allons nous ? Et le XIXe siècle, nationaliste et romantique, a cru que chaque nation pouvait se définir par une mission particulière, une ’’destinée manifeste’’ qui lui donnait une place éminente dans l’histoire universelle.
Ainsi, pour l’Historien Jules Michelet, toute l’histoire de France trouve son accomplissement dans la Révolution française, dans la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen » (et dans la perpétuation de cet héritage politique et moral…). Pour Théodor Mommsen (le grand historien allemand du monde romain) et pour les historiens prussiens de l’époque, l’unité allemande impériale (de 1871) est le but ultime de tous les siècles d’histoire des Allemands depuis la geste héroïque et germanique d’Arminius.
Pareillement, pour Benedetto Croce, l’unité italienne s’expliquait par l’histoire romaine et cette fin heureuse donnait là enfin un sens compréhensible à toutes les tribulations politiques subies par les Italiens à travers les âges.
Et, selon l’historien tchèque du XIXe siècle Frantisek Palacky, toute l’histoire tchèque annonce la Réforme et n’avait fait que préparer l’avènement du Protestantisme. Mais il faudrait sans doute être beaucoup plus nuancé. D’abord parce que - n’en déplaise à l’historien Palacky et à l’éminente figure historique du réformateur Jan Hus (précurseur idéologique tchèque de Luther et Calvin, au début du XVe siècle) - les Tchèques d’aujourd’hui sont majoritairement catholiques. Doivent-ils alors accepter d’être considérés, aujourd’hui encore, comme d’avoir lutté contre le sens de l’Histoire ?
Pareillement, les quatre grandes nations chrétiennes d’Europe centrale et balkanique – croate, serbe, polonaise et hongroise - justifiaient leur existence en avançant l’idée qu’elles avaient été la muraille avancée et protectrice (en latin : antemurale) ayant protégé la catholicisme et la civilisation latine (à Mohi et Legnica en 1241, à Kosovo polje en 1389, à Mohacs en 1526 ou à Vienne en 1683, etc) contre les invasions mongoles et asiatiques, ottomanes et russes.
Mais cette réécriture politique de l’Histoire doit également être nuancée : d’abord parce que la résistance ’’anti-turque’’ était loin d’être unanime. Et parce qu’une bonne partie des noblesses serbe et hongroise avait alors passé des alliances politiques (voire fait acte de soumission…) avec les Ottomans. Notamment afin de mieux contrer l’influence de la Papauté ou le pouvoir des Habsbourg. Mais également parce que la défense de la frontière orientale des territoires autrichiens puis austro-hongrois fut - par la suite - surtout assurée, non pas par des Hongrois, mais par des Slaves : Croates et Serbes des ’’confins militaires’’, soumis à une juridiction particulière et contraints au service militaire…
Du (très) mauvais usage des stéréotypes
Les histoires nationales diffusent donc des visions plus ou moins cohérentes, plus ou moins reconstruites et plus ou moins politiquement orientées du passé. Or celles-ci entrent souvent en conflit avec l’image stéréotypée que s’en font les peuples voisins, toujours rivaux, parfois même encore ennemis. Tout autant de stéréotypes et de préjugés nationaux qui ont décidément la peau dure. Ainsi, les Russes, les Hongrois et les Allemands suscitent souvent l’hostilité des peuples (slaves) voisins qui les accusent de vouloir saisir toute occasion pour reprendre leur politique (leurs habitudes ?) de domination.
les Chevaliers teutoniques (Henryk Sienkiewicz)
Ainsi, depuis la fin du XIXe siècle (image désastreuse cruellement renforcée par les turbulences belliqueuses des XIXe et XXe siècles…) apparaît dans les mentalités polonaises le personnage ’’stéréotype’’ et ’’archétypal’’ de l’Allemand impérial, le junker teutonique arrogant, brutal et sûr de lui dont le romancier Henryk Sienkiewicz nous trace, dans son fameux roman « Krzyjacy » (i. e : « les Croisés » ou « les Chevaliers teutoniques », voir couverture ci-contre) un portrait inoubliable que l’on retrouve également - trait pour trait - dans « Alexandre Nevski », le fameux film héroïque de Sergueï Eisenstein :
« Surprenante est la nature teutonique. Lorsque la situation des chevaliers teutoniques est critique, il sera compréhensif comme un franciscain, doux comme un agneau et tout miel - certainement, tu ne trouveras pas de meilleur homme au monde. Mais qu’il sente qu’il a la force derrière lui, il n’y aura pas plus rengorgé que lui et tu ne trouveras personne qui soit mois enclin à la miséricorde. Il semble que le bon Dieu lui ait donné une pierre à la place du coeur. »
Le tout, dans un roman fleuve épique [2] [3] où les perfides chevaliers teutoniques semblent, décidément, dominés par la convoitise et la rapacité : usant de félonie et de violence, trahissant leur mission d’évangélisation des pays slaves au point qu’ils arrivent à dresser contre eux l’ensemble des populations polonaises ainsi que la population paysanne allemande insurgés contre leurs maîtres despotiques et même jusqu’aux plus loyaux des chevaliers prussiens, portant un regard enfin lucide sur la dégénérescence de l’Ordre.
Une lecture de l’histoire qui allait connaître un très grand succès auprès du grand public en cette fin du XIXe siècle qui voit alors l’affirmation simultanée du nationalisme allemand et prussien (impérial) avec l’aspiration nationale polonaise à la création d’un ’’Etat-nation’’ qui lui serait propre.
Une époque qui voit la parution des « Croisés » d’ Henryk Sienkiewicz (en 1900), la célébration du 500’ anniversaire de la bataille de Grunwald (en 1910) et la construction du monument de Grunwald (à Cracovie : monument élevé grâce à une souscription publique, en présence du célèbre pianiste et ’’leader national’’ Ignacy Paderewski).
Ainsi que la réalisation du fameux tableau historique et grandiose (reproduit ci-dessous) du non moins fameux peintre ’’national’’ polonais Jan Matejko (en 1878). Alors que, côté allemand, le Kaiser Guillaume II, fanatique de germanité médiévale et de faux châteaux gothiques, se faisait accueillir à Marienbourg [4] par des délégations costumées en chevaliers teutoniques…
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Bataille de Grunwald-Tannenberg, juillet 1410
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Slaves contre Germains, Polonais contre Allemands…
Ainsi, le XIXe siècle voit, certes (à travers les travaux d’Herder, du tchèque Palacky, du slovaque Jan Kollar, etc), l’expression du traditionnel stéréotype ’’conflictuel’’ opposant les Slave pacifiques et primitifs (aux moeurs forcément plus pures, car plus proches de la nature…) aux Germains belliqueux et guerriers (leur apportant la civilisation, par la force des armes…) : l’expansion ’’constructive’’ des uns et ’’destructrice’’ des autres.
Mais cette interprétation simplifiée et simpliste des relations entre ces deux groupes humains, si complexes, est sans doute plus riche en collaborations qu’en affrontements. Ce qu’une histoire plus scientifique et plus dépassionnée aurait pu aisément démontrer. Or, des deux côtés, on a voulu insister davantage sur les conflits…
Mais les stéréotypes évoluent également, suivant ce que l’ambiance politique du moment et l’air du temps cherchent absolument à leur faire dire. Ainsi l’Allemand vu par les Polonais de la fin du XVIIIe siècle n’était alors qu’un inoffensif marchand pauvre, venu en terres polonaises pour s’enrichir rapidement.
N’ayant pas encore le prestige politique de la puissance prussienne, il n’a alors pas de stature sociale car unanimement méprisé par la noblesse polonaise et par une paysannerie autochtone qui partage avec ses maîtres les mêmes idées préconçues et un même regard envieux et méprisant pour la société urbaine (et, notamment, la ’’classe dépravée et corrompue’’ des marchands).
De même, aux XIXe siècle, l’image du Polonais à l’étranger était - à la suite des insurrections nationales de 1830 et de 1863 et sous l’influence d’importantes personnalités (comme Adam Mickiewicz, Frédéric Chopin ou Adam Jerzy Czartoryski…) - celle du Noble et du combattant de la Liberté ; noble certes arrogant mais également révolutionnaire cosmopolite pétris des idées des lumières, aussi généreux qu’irréfléchi, symbole vivant du martyre et de la rédemption future de sa ’’noble nation’’.
Mais au XXe siècle, la figure haute en couleur de la noblesse allait complètement disparaître du stéréotype du polonais ’’modèle’’ : celui-ci étant désormais identifié comme un émigrant déraciné et sous payé à la recherche de travail, pauvre et illettré, saisonnier agricole, mineur de fond, voire plombier…
Des stéréotypes qui ont la vie dure : comme en ont récemment encore illustré les querelles survenues lors de la dernière campagne référendaire européenne en France, ainsi que les récentes polémiques germano-polonaises. Des stéréotypes qu’il faut donc prendre avec des pincettes, apprendre à relativiser et à nuancer pour préserver le ’’vivre ensemble’’ : nouveau bien commun européen.
De même, comme l’a très bien dit en son temps l’historien tchèque Josef Pekar (professeur à l’université de Prague au début du XXe siècle) : « Il n’est pas possible d’attribuer à un nation un ’’sens’’ unique et précis à son histoire. Celle-ci à autant de ’’sens’’ qu’il existe de changements spirituels au cours de son histoire à travers les siècles ».
Gageons alors que la construction européenne soit là un nouveau changement spirituel qui permette à chacun, quelques soient ses origines familiales ou sympathies nationales, de relativiser la portée de ces discours d’essence nationaliste.
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