donderdag 4 april 2013

Sur le rôle des intellectuel(le)s...

Max Gallo, « Les intellectuels, la politique et la modernité », Le Monde, 26 juillet 1983 ; Philippe Boggio, « Le silence des intellectuels de gauche », Le Monde, 27 juillet 1983 ; Jean-François Lyotard, « Tombeau de l’intellectuel », Le Monde, 8 octobre 1983.

Et puis dans un blog:

" Tolstoï raconte qu'étant officier, il vit, lorsd'une marche, un de ses collègues frapper un homme qui s' écartaitdu rang . Il lui dit : n'avez-vous pas honte de traiter ainsi un de vos semblables ? Vous n'avez donc pas lu l'Evangile ? A quoi l'autre répond : Vous n'avez donc pas lu les règlements militaires ? Cette réponse est celle que s'attirera toujours le spirituel qui veut régir le temporel ... Ceux qui conduisent les hommes à la conquête des choses n'ont que faire de la Justice et de la Charité ... La plupart des moralistes écoutés depuis cinquante ans en Europe, et singulièrement, les gens de lettres, en France, invitent les hommes à se moquer de l'Evangile et à lire les règlements militaires ." ( Julien Benda . 1927 . La trahison des clercs . )

( Illustration : " Ascension vers l'Empyrée " de Jérôme Bosch . glob.bargeo.fr ) .

Le manifeste des Intellectuels du 4 juillet 1973, publié par Le Monde, signa l'enterrement de ces derniers quant à leur mission première d'être " la mauvaise conscience du monde, laïque et pratique, le garant ou le témoin de la civilisation ", avait dit Benda , on pourrait ajouter, la conscience collective de la société .

On lisait , dans ce manifeste, ceci : " Aucun pays, aucun régime, aucun groupe social n'est porteur de la vérité, de la justice, et sans doute aucun ne le sera jamais . La terrifiante expérience du stalinisme, la transformation d'intellectuels révolutionnaires en apologistes du crime et du mensonge, montrent jusqu'où peuvent conduire les identifications utopiques et l'attrait du pouvoir, ces tentations caractéristiques de l'intellectuel contemporain ." Curieusement, le nazisme est absent de cette péremptoire condamnation .

Le manifeste invitait donc les intellectuels à s'éloigner de la politique, par une attitude " raisonnable ", pour se hisser à la hauteur de " l'empyrée des idées pures ", et en fait les précipitait dans leur tombeau , à l'image du Caïn de V. Hugo .

Car cette prise de position ne manque pas de soulever une question essentielle .

" Dans les démocraties libérales qui se sentent menacées, réduites à la défensive, les intellectuels ont-ils le droit de renoncer à être des agents du changement, des ingénieurs de l'avenir social, des créateurs d'utopie minimale ? Sont-ils condamnés à se tenir aux remparts, gardiens d'une civilisation, de la démocratie, du pluralisme, de la tolérance, en voie d'épuisement ? " ( Michel Winock . Le siècle des intellectuels ) .

Pourtant Emmanuel Mounier avait répondu, par anticipation, en 1950, à ce manifeste, dans son livre " Le Personnalisme ", en affirmant que qui ne s'engage pas positivement, prend parti, en le voulant ou non, pour les injustices . " L'Absolu n'est pas de ce monde et n'est pas commensurable à ce monde . Nous ne nous engageons jamais que pour des causes imparfaites, des combats discutables . Refuser pour autant l'engagement, c'est refuser la condition humaine ", écrivait-il .

Pourtant, qui peut ignorer, aujourd'hui, que le pouvoir temporel, livré à la seule logique de ses intérêts propres, risque de perdre de vue tout fondement éthique de la société politique ?

Comme ils sont admirables ces vieillards infatigables - Edgar Morin et Stéphane Hessel - qui osent crier encore, au suicide de la civilisation, dans le tumulte des rentrées littéraires et l'apologie des égoïsmes assassins !

Trouverait-on, aujourd'hui, des pourfendeurs du colonialisme, de la torture, des Dreyfusards ?

Certes, " l'univers politique est chargé de tous les conflits, de toutes les volontés de puissance, de toutes les haines, et des appétits de pouvoir " . Certes, on peut se poser la question de savoir si " l'homme de pensée " y a toute sa place .

Mais, la peur d'être pris pour " un auxiliaire de police, un fonctionnaire des espérances en suspens, ou un gestionnaire zélé du pouvoir " ne peut conduire qu'à l'isolement et à l'inutilité dans la marche du monde .

Bien sûr, il peut y avoir pire : se choisir, soi ; succomber à la fascination de la télévision, comme le dénonçait P. Bourdieu, choisir sa promotion personnelle, devenir le " dernier avatar de la corporation " : l'intellectuel médiatique .

A l'heure où le grand dépeçage de l'Europe et de la civilisation a commencé - précautionneusement - plus de bruits de trompettes, plus de roulement de tambours - mais la dette, des budgets de rigueur, l'austérité, la fin des programmes sociaux, une Europe du Nord et une Europe du Sud, la compétitivité déloyale, la spéculation financière et sur les matières premières, où sont les intellectuels ?

Avant qu'on ne les assimile à des " milices spirituelles du temporel " , ( Michel Winock ), qu'ils sortent de leurs laboratoires et de leurs cabinets, et rappellent que la Loi n'est pas le Droit, que la Loi de quelques-uns ne saurait être la Loi de tous , et qu'ils ont une mission, comme le disait l'historien P. Nora, déjà en 1980 : " enlever au présent ses faux mystères et son artificielle magie " . ( Que peuvent les intellectuels ? Le Débat ) .

NB : d'aprés le livre de Michel Winock : Le siècle des Intellectuels . Seuil .1997 .

http://www.regain2012.com/article-les-milices-spirituelles-du-temporel-1-110180211.html


A lire aussi pour ceux qui s'intéressent au rôle des intellectuel(le)s:

- Intellectuels : les ombres changeantes de Mai 68 - AuteurBernard Brillant.

Le mouvement de Mai 68 a pour effet de révéler et de radicaliser une crise de légitimité des intellectuels. Les multiples interprétations élaborées par ces deniers cristallisent cependant des représentations du mouvement à travers lesquelles les intellectuels vont restructurer leurs engagements dans l’après-Mai 68 pour tenter de reconstruire une figure légitime de l’« intellectuel engagé ». Après la forte polarisation exercée par les groupes « gauchistes » et la lecture révolutionnaire de Mai 68, c’est cependant la quête de l’autonomie qui inspire cette redéfinition, notamment à travers la figure de l’« intellectuel spécifique » de Michel Foucault. Cette volonté d’autonomie débouche, à partir du milieu des années 1970, sur la rupture avec les grands paradigmes de l’engagement radicalisé en Mai 68 : le marxisme, le tiers-mondisme, l’anticapitalisme. Ce « désengagement » des clercs se poursuit, à partir de la deuxième moitié des années 1980 par le retour critique sur les aspects plus culturels et sociétaux de Mai 68. À partir du milieu des années 1990, la montée d’une contestation antilibérale s’accompagne de la résurgence de thématiques héritées de Mai 68 au point que, quarante ans après, Mai 68 projette encore son ombre sur les débats intellectuels, redevenant même un enjeu du positionnement droite-gauche.


Bernard Brillant « Intellectuels : les ombres changeantes de Mai 68 », Vingtième Siècle. Revue d'histoire 2/2008 (n° 98), p. 89-99.
URL :
www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2008-2-page-89.htm.
DOI : 10.3917/ving.098.0089.


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