http://expositions.bnf.fr/utopie/index.htm
Ce que décrit Thomas More, c’est une société idéale réalisée par des moyens humains : les maux et les vices sont extirpés parce que “la meilleure forme de gouvernement” a été instituée ici-bas, c’est-à-dire en prenant la condition humaine telle qu’elle est. À la différence des rêves millénaristes et des promesses eschatologiques, ici nulle Providence divine n’est requise. À la différence des Âges d’or et des pays de cocagne, la nature n’a pas, en Utopie, cette générosité surnaturelle qui dispense les hommes de la peine.
À la différence des races d’or et des héros, les Utopiens sont des hommes, avec les défauts et les qualités de leur finitude.
Le jeu de More consiste à montrer que l’autre monde est de ce monde ; de là tous les paradoxes et toutes les ruses de cette utopie raisonnable, de cette fiction réaliste, de cette sérieuse fantaisie. Mais de là aussi qu’avec lui s’inaugure un des motifs essentiels de la modernité, du courage ou de la témérité modernes, fondé sur ce que le siècle des Lumières appellera la perfectibilité humaine.
- Eh bien, cher Raphaël, dis-je, décrivez-nous cette île, nous vous en prions instamment. Donnez-nous un tableau complet des cultures, des fleuves, des villes, des hommes, des mœurs, des institutions et des lois, enfin de tout ce qu’à votre avis nous désirons connaître.
- Il n’est rien que je fasse plus volontiers, car tout cela m’est présent à l’esprit. Mais il nous faudra du loisir.
- Entrons, dis-je, et mangeons, puis nous prendrons le temps qu’il faudra.
- Très bien, dit-il.
Nous prîmes notre repas, puis nous revînmes nous asseoir au même endroit, sur le même banc. Raphaël resta un instant silencieux à réfléchir, puis, nous voyant attentifs et avides de l’entendre, il dit ce qui suit.
Thomas More, Utopie, livre premier.
Thomas More
Utopia, 1516
En publiant à Louvain, en 1516, un petit livre intitulé Utopie, traité sur la meilleure forme de république et sur une île nouvelle, Thomas More, haut dignitaire de la cour d’Angleterre, fonde un genre nouveau, au croisement de la littérature, de la politique et de la philosophie. Ce faisant, il donne une forme durable à un motif essentiel de la modernité.
L’ouvrage se présente comme un dialogue, dont le personnage principal est un voyageur fictif, un compagnon d’Amerigo Vespucci qui aurait poursuivi l’exploration des îles du Nouveau Monde. Au livre premier, il développe une critique sévère de l’Angleterre de l’époque. En contrepoint, au livre II, il décrit les institutions, le mode de vie et l’histoire des habitants heureux de l’île d’Utopie.
La nouveauté de l’ouvrage tient à ce que cette société idéale est, ici-bas, l’œuvre des hommes eux-mêmes : l’environnement naturel n’est pas idéalisé, comme dans les légendes de l’âge d’or ou des pays de cocagne ; les Utopiens sont des hommes comme les autres, marqués par la Chute et le péché ; ils n’ont bénéficié d’aucune grâce divine particulière. S’ils sont parvenus à chasser les maux et les vices, c’est simplement en construisant une autre organisation sociale.
William Shakespeare
This royal throne of kings, this sceptred isle,
This earth of majesty, this seat of Mars,
This other Eden, demi-paradise,
This fortress built by Nature for herself
Against infection and the hand of war,
This happy breed of men, this little world,
This precious stone set in the silver sea,
Which serves it in the office of a wall […]
This blessed plot, this earth, this realm, this England […].
Cet auguste trône de rois, cette île porte-sceptre, cette terre de Majesté, ce siège de Mars, cet autre Éden, ce demi-paradis, cette forteresse bâtie par la nature pour se défendre contre l’invasion et le coup de main de la guerre, cette heureuse race d’hommes, ce petit univers, cette pierre précieuse enchâssée dans une mer d’argent qui la défend, comme un rempart, […] ce lieu béni, cette terre, cet empire, cette Angleterre […].
Richard II , acte II, scène I.
Thomas More
Mais en toute vérité, mon cher More, à ne vous rien cacher de ce que j’ai dans l’esprit, il me semble que là où existent les propriétés privées, là où tout le monde mesure toute chose par rapport à l’argent, il est à peine possible d’établir dans les affaires publiques un régime qui soit à la fois juste et prospère.
Utopie, livre II.
[...]
Les merveilles
de la science
"Organiser scientifiquement l’humanité, tel est donc le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse, mais légitime prétention." C’est en ces termes qu’Ernest Renan, dans L’Avenir de la science, résume l’une des utopies majeures du XIXe siècle, celle que promet la "religion du progrès".
À la fin du siècle, la fée Électricité illumine les ténèbres, les moyens de communication rapprochent les hommes et suppriment les distances : les Expositions universelles créent pour un instant le monde idéal que façonnent les techniques toutes-puissantes, cependant que scientifiques et vulgarisateurs empruntent volontiers les moyens de la fiction pour exalter les merveilles de la science et créer une mythologie moderne.
Quelques observateurs isolés, comme Jules Verne ou le dessinateur Robida, pressentent pourtant, dès le tournant du siècle, que le monde créé par la technique n’est pas nécessairement un monde heureux.
Utopies et
contre-utopies
au XXe siècle
Le XXe siècle fait apparaître le progrès pour ce qu’il est, une croyance. Croyance nécessaire peut-être, en ce qu’elle a pu cimenter, plus d’une fois, la volonté collective, mais croyance dont l’histoire nous a forcés à nous déprendre, à coups de désastres régressifs et de barbaries modernes. De là que la littérature utopique de cette époque est traversée par la dialectique entre utopie et contre-utopie, entre rêve et cauchemar ; c’est une dialectique qui, cette fois, ouvre grand l’arc du possible, entre le pire et le meilleur, qui convertit l’anticipation en avertissement lucide, en déconstruisant les illusions du progrès.
Du même coup, elle fait apparaître l’utopie comme un objet double, l’accomplissement utopique comme ce qui présente, par construction, une face radieuse et une face sombre. Devient inévitable une réflexion difficile sur ce qui, dans l’héritage de la pensée utopique moderne, contenait les germes de sa version totalitaire.
Et l'âne pensait... Penser la simplicité, il rêvait peut-être, et le jour où les hommes retourneront aux champs, les pieds dans la terre, respectueux de ce qu'elle leur DONNE, de ce qui les environne... Se nourrir et transmettre resteront l'essentiel;)... La boucle bouclée, le progrès sans limite n'était qu'une parenthèse dans notre court cheminement d'hommes et de femmes sur cette planète. Bien sûr qu'il faudrait un jour revenir à plus de simplicité, plus de qualité, plus de lenteur. Mais qui pensions-nous être? De simples grains de sable dans l'éternité du temps, le temps... Pouvons-nous tout nous permettre? Que faisons-nous de la vie simple? Tout simplement... Aux chapitres vanité et arrogance et simplicité volontaire. L'âne n'oublie cependant pas qu'il est derrière sa machine pour écrire et publier. Qu'il n'a pas à travailler pour de l'argent car le travail gratuit est possible aussi pour certain(e)s. La révolution numérique. Le principe de subsidiarité. Mais de là, comment penser cette révolution et la simplicité recherchée? Comment faire rimer technologie et décroissance sereine? Comment faire rimer nouvelles technologies et démocratie directe dans le RESPECT de l'autre et de la nature? Comment faire comprendre qu'on a trop accumulé? Pourquoi les acteurs de l'Internet ne se retrouveraient-ils pas pour penser ce genre de choses? In Real Life.
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