donderdag 16 mei 2013

Paradisiaque...

Nous partons pour les îles Caïmans
Lundi 15 avril

Un petit film dévastateur (1), dû à la ténacité d’un journaliste allemand, a permis récemment de constater comment certains fonctionnaires de l’Union européenne, à Bruxelles, s’arrangent pour empocher des indemnités illégitimes en mentant sur leur emploi du temps. Le reportage dure six minutes, il relègue dans son caractère de routine les combines de M. Cahuzac au rang des vices classiques propres à tout membre de la « haute société ». Aujourd’hui, il n’est plus de « haute société » qui tienne, mais une nomenklatura vulgaire et inculte, sortie des « grandes écoles ». C’est un spectacle étonnant de voir cette nomenklatura ruminer ses privilèges comme un bovidé. On la surprend quand on lui rappelle, la main dans le sac, qu’il y a des choses qui ne se font pas. Elle sourit d’un air las, elle considère que ce genre de rappels est le penchant vertueux des faibles. Par « faibles », nous voulons dire ceux qui n’ont pas les bons coups, les bonnes adresses, les bons lycées, les bonnes banques, les bons réseaux qui permettent d’échapper aux lenteurs du monde de la plèbe. La plèbe n’est au courant de rien, elle dit encore « bonjour docteur » au médecin, elle demande la permission, elle ôte son chapeau à qui ricane dans son dos. Certains jours, c’en est à pleurer de rage.

Jérôme Cahuzac, à lui seul, est une allégorie de cette forme d’arrogance ignorante de sa propre arrogancité, si l’on ose s’exprimer de la sorte. La vilenie lui est comme une seconde nature, impossible à distinguer de la première. Ainsi se tâte-t-il quant à la date de son retour à l’Assemblée. Dans la Dépêche du midi, il a eu cette formule exquise : « Je n’ai pas encore pris ma décision. » Extraordinaire culot d’un homme repassé en un clin d’œil de la honte à l’outrecuidance. En somme, cela lui semble normal tout comme il semble normal à certains « auteurs » de puiser çà et là de quoi nourrir leur nullité littéraire en toute sérénité. Inutile, par charité chrétienne, de donner leurs noms, tout le monde les connaît. Pourquoi se gêneraient-ils puisque nul ne s’en offusque et les invite à la télévision? Il s’en trouve même pour se présenter à l’Académie française. Naguère, quand on se livrait à de telles saloperies, cela mettait en route des avertisseurs. Intérieurs, moraux, extérieurs, institutionnels. Or ces avertisseurs sont hors d’usage. Ils sont des pièces de musée, vestiges d’un temps où l’usage de la vertu ne se confondait pas avec les émois sentimentaux et cyniques (toujours de pair) du vertueux.

Vu sous cet angle, la sommation à la déclaration de patrimoine est simplement ridicule. Il eût suffi pourtant d’un vrai, grand beau discours prenant la mesure des choses. Sublimement vain, et tout repartait comme en 14. Au lieu de cela, une communication de garde champêtre. Ceci nous rappelle les beaux jours de notre service militaire quand l’adjudant Bouchonet décrétait une revue de paquetage sous quarante-huit heures. « Les capotes au carré, tonnait-il, sinon pas de permission ! » Un peu qu’on filait alors, si on voulait l’avoir, la permission ! Le service national abandonné, on reste avec l’adjudant Bouchonet, les bras ballants, sans troupes, sans munitions, sans rien. Sa sommation au patrimoine traduit pathétiquement une inexpérience à la vertu qui n’a rien à voir avec le vertueux. On croit entendre son équipe: « Mon adjudant, comment on fait, déjà, pour bien se conduire ? »

Cela est d’autant plus singulier que depuis Cicéron, la vertu a partie liée avec la politique, contrairement au vertueux qui n’en veut rien savoir. La vertu n’est pas niaise, elle a son ironie propre, c’est une science de la vanité. Mais dans quelle grande école apprend-on à lire Cicéron ? Dans quelle grande école apprend-on à se cribler soi-même, par ascèse et jouissance de l’esprit ? Pas à la promotion Voltaire en tout cas, qui offre en revanche des débouchés sur l’implant capillaire et des voyages aux îles Caïmans. Un beau projet de vacances, tiens. « Ohé les amis, est-ce que quelqu’un a une bonne combine pour aller là-bas ? »

(1) RTL: Wie UE Abgeordnete absahnen : http://dotsub.com/view/01ad2718-073c-474a-ac40-c7a72e199d55

Michel CRÉPU (mcrepu@revuedesdeuxmondes.fr)

http://www.revuedesdeuxmondes.fr/news/edito.php?code=117

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